B.O. : Woody Allen et le Jazz

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Le cinéaste de 82 ans s’est illustré aussi bien à grand renforts de films pertinents et brillamment écrits que de B.O. aussi délicates et subtiles que les films qu’elles accompagnent. Vous l’aurez sans doute compris, on s’intéresse aujourd’hui au grand Woody Allen.

Passionné de Jazz, il est également clarinettiste. De son vrai nom Allan Konigsberg, Woody Allen doit entre autre son pseudonyme au clarinettiste Woody Hermann et ne cessera de rendre hommage aux standard du jazz qui ont bercé son adolescence au travers de ses films. Revenons ensemble sur les B.O. les plus jazzy du plus prolifique réalisateur du 20ème et 21ème siècles. Nous nous devons cependant de prévenir le lecteur que “Rhapsody in Blue” de Gershwin est exclue d’office pour cause de fusion d’éléments de musique classique et de jazz.

– Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe (sans jamais oser le demander), 1972 – “Let’s misbehave” par Irving Aaronson and his Commanders

Parodie du livre de sexologie éponyme, Woody Allen délivre sept sketchs mettant en scène des déviances sexuelles dont une relecture inoubliable de La fiancée du monstre du tristement célèbre Ed Wood. Et quoi de mieux pour introduire et conclure un tel film ? Ni plus ni moins que le standard écrit par Cole Porter et interprété par Irving Aaronson and his Commanders : “Let’s misbehave“. Après tout, si “il n’y a personne à l’horizon, et pas de chaperon” alors autant en profiter.

Stardust Memories, 1980 –Body & Soul” par Django Reinhardt

Relecture Allenienne du “” de Fellini, le cinéaste se met dans la peau (sans trop de difficultés) d’un réalisateur de comédies voulant passer au drame, le tout sans succès. En plus de nous gratifier d’un superbe casting féminin : au choix Jessica Harper (“Phantom of the Paradise” de DePalma ou encore “Suspiria” de Dario Argento), Sharon Stone et Charlotte Rampling, le cinéaste remplie généreusement sa bande son de standards de jazz incontournables pour tout amateur dont deux titres de Django Reinhardt. Le premier est “I’ll see you in my dream” tandis que le second est “Body & Soul“. Comme nous retrouverons “I’ll see you in my dreams” un peu plus tard, concentrons nous sur “Body & Soul“.

Composée dans les années 30 par Johnny Green, cette chanson se fera connaitre internationalement dans une version interprétée par Coleman Hawkins en 1939, tandis que Django Reinhardt avait enregistré une version chez Capital Records deux ans plus tôt avec le Quintette Du Hot Club De France, dans lequel on peut d’ailleurs retrouver Stéphane Grappelli.

Hannah et ses soeurs, 1986 – I’ve heard that song before” par Helen Forrest & Harry James 

Gros morceau dans la filmographie de Woody Allen, le film remportera trois oscars dont celui du meilleur scénario, meilleur second rôle masculin et meilleur second rôle féminin.

Du côté du casting, c’est assez impressionnant également : Michael Caine, Max von Sydow sans son apparat d’exorciste, un jeune John Turturro en auteur débutant, Sam Waterston qui n’est pas encore la figure récurrente de New-York: Police judiciaire mais un acteur récurrent chez Allen sans oublier Richard Jenkins qui décidément ne semble pas décider à vieillir. Et encore, du côté de ces dames ce n’est pas mal non plus : Carrie Fisher, Barbara Hershey, Maureen O’Sullivan sans oublier deux actrices qui feront leur trou trois ans plus tard soit, Julia-Louis Dreyfus qui sera Ellen Benes dans la série à succès Seinfeld et Julie Kavner qui sera la voix originale de Marge Simspon.

Quand on vous dit qu’il y a du bon monde. Quant à la musique ? Allen nous livre également du lourd durant les génériques interprétés par Harry James et sa trompette de légendeAinsi nous pourrons nous délecter de “You made me love you” durant le générique de début, mais c’est surtout “I’ve heard that song before” qui hantera nos oreilles, ponctuant une conclusion inéluctable.

Radio Days, 1987 – The Flight of the bumblebee” par Harry James

Bon ça va mettre un peu de temps. Tout d’abord “Flight of the bumblebee” (ou “Le vol du bourdon” chez nous) est un interlude musical extrait de l’opéraLe conte du tsar Saltan” composé par Nikolaï Rimski-Korsakov en 1899.

En 1941 Harry James réinterprété l’interlude dans une tonalité jazz qui sera alors désignée comme générique du feuilleton radio Le frelon vert. Pour rappel, ce feuilleton raconte les aventures de Britt Reid, rédacteur en chef du Daily Sentinel, qui combat masqué le crime la nuit en compagnie de son serviteur asiatique, Kato. Radio Days” étant un hommage aux émissions radios qui ont bercé l’enfance de Woody Allen, il n’est pas incongru de retrouver dès le générique de début du film, le thème du feuilleton. On notera pour l’anecdote que l’adaptation télévisée des 60’s révélera Bruce Lee (dans le rôle de Kato) aux spectateurs américains. On notera également que le thème de cette version télé sera “un peu modernisé” par Al Hirt pour donner un thème que l’on pourra retrouver dans le 1er volume de Kill Bill de Tarantino.

Enfin, dernière anecdote promis, une adaptation sur grand écran aura lieu en 2011, réalisée par notre Michel Gondry national, et interprétée par Seth Rogen et Christoph Waltz. On vous avait bien dit que ça allait mettre un peu de temps.

Pour les curieux qui voudraient écouter la version de AL Hirt : (juste ici).

Maudite Aphrodite, 1996 – “When You’re Smiling (The Whole World Smiles with You)” par Dick Hyman Chorus & Orchestra

Comme nous n’arrivions pas à nous décider pour ce film, nous avons décidé de sélectionner les deux chansons qui ont retenu notre attention et ont été la cause de dilemmes terribles. La première est donc le ré-arrangement de “When you’re smiling” par Dick Hyman, collaborateur musical fréquent de Woody Allen dont on pourra retrouver un très bon travail sur la B.O. “d’Accords et Désaccords” mais chaque chose en son temps.

Considéré comme une œuvre mineure de Woody Allen, Mira Sorvino, actrice principale recevra tout de même un Oscar et un Golden Globe. Elle interprète ici la mère biologique de l’enfant adopté par Woody Allen. Ayant adopté des choix de vie qui l’ont enfermé dans un environnement dont elle ne veut plus, notre névrosé préféré s’avérera un coach de vie plutôt efficace. Et comme on n’est pas chez n’importe qui, mais qu’on a quand même pris le temps de s’essuyer les pieds avant de rentrer, on aura droit à un chœur antique brisant le 4è mur et entonnant ce standard écrit par Larry Shay, Mark Fisher, Joe Goodwin. De nombreuses versions verront le jour. On va sans doute en oublier mais on peut citer celle de Teddy Wilson et Billie Holiday, Perry Como, Louis Armstrong, Duke Ellington, Doris Day, etc… Mais en attendant, puisque c’est la version de Dick Hyman qui nous intéresse, ne perdons plus une seconde.

(Excusez-nous pour les visuels Youtube assez abominables).

Maudite Aphrodite, 1996 – Whispering” par Benny Goodman

Suivant immédiatement “When you’re smiling” dans le générique de fin de Maudite Aphrodite, impossible pour nous d’entendre cette musique sans penser à ce moment troublant où les lumières se rallument dans la salle de cinéma et où l’on sort du film, un peu hébété car après tout, quitter un film de Woody Allen c’est comme quitter sa lecture préférée. On n’a qu’une envie, c’est reprendre depuis le début.

Harry dans tous ses états, 1997 – “Dream a little dream of me” par le Stebbins Hall Band

Incarnant ici le stéréotype de l’écrivain ne parvenant pas à se confronter à ses problèmes personnels en dehors de l’écriture, Woody Allen délègue pas mal le rôle principal et nous permet de nous régaler des numéros de Billy Cristal, Robin Williams et Tobey Maguire qui a enfin l’occasion de nous prouver qu’il n’a pas d’araignées au plafond.

Dream a little dream of me” est initialement composée par Fabian Andre et Wilbur Schwandt avec des paroles de Gus Kahnet. Son interprétation la plus connue est celle du groupe The Mamas & The Papas (à qui l’on doit “California Dreamin“). Ensuite interprétée en solo par l’un des chanteuses du groupe, Mama Cass Elliott, “Dream a little dream of me” connaîtra également une superbe reprise par Louis Armstrong, mais dans nos cœurs c’est celle du Stebbins Hall Band que nous retiendrons. Malheureusement, pour une cause de trop grande confidentialité, nous ne pouvons vous partager cette version et vous laissons donc découvrir celle d’Armstrong, ce qui n’est déjà pas si mal.

Celebrity, 1998 – Did I remember (to tell you I adore you)” par Billie holiday

C’est presque un conte moral à la Éric Rohmer dont nous gratifie ici Woody Allen. Le personnage principal, interprété par Kenneth Branagh, cherche à tout prix la célébrité sans jamais mesurer la portée de ses actes, blessant son entourage au passage. Tout le contraire de son ex-femme. Le film suit en parallèle ces deux personnages et leur façon d’accomplir leurs objectifs. Sans trop en dévoiler, nous ne pouvons qu’affirmer que la chanson de Billie Holiday, tout simplement l’une des plus belles voix noires de l’histoire du jazz, tombe comme un couperet à la fin du film.

Accords et désaccords, 1999 – I’ll see you in my dreams” par Dick Hyman & His Orchestra

A l’instar de “Inside Llewin Davis” et son protagoniste représentant l’anti-Bob Dylan, ce film suit le parcours de l’anti-Django Reinhardt, Emmet Ray interprété par un Sean Penn halluciné et accompagné d’une Samantha Morton aussi peu bavarde que dans Minority Report (voir même moins” mais à la chevelure plus fringuante. La reprise du standard de Django Reinhardt est ré-arrangée et interprétée par le compositeur du film Dick Hyman dont on vous parlait dans le paragraphe sur “Maudite Aphrodite”. Et si vous vous demandez à quoi ressemble l’original, regardez “Stardust Memories“. Vous devriez tomber dessus, à condition d’avoir les esgourdes bien ouvertes.

Anyhting Else, la vie et le reste, 2003 – “Easy To Love” (Billie Holiday)

Avec ce titre Woody Allen nous démontre qu’il ne choisit pas ses musiques au hasard. Dans “Easy to love“, la grande Billie se désolé d’un amour à sens unique, ce qui est également la situation (simplifiée) que vit le jeune Jerry Falk à qui Jason Biggs prête ses traits. On se désolera de ne pas à avoir plus à se mettre sous la dent que le trio (efficace) Allen-Biggs-Ricci face auquel le jeu outrancier de Danny DeVito fait un peu tâche. Mais passons.

Il s’agit de l’un des derniers bons films d’Allen se déroulant à New York avant que celui-ci ne s’installe au Royaume-Uni pour une trilogie de films qui stimuleront à nouveau son sens de la dramaturgie (surtout “Match Point” et “Le rêve de Cassandre“). Donc New York, Woody Allen pour une des dernières fois et Billie Holiday ça ne se boude pas.

Whatever Works, 2009 – Salty Bubbles” par Tom Sharpsteen & His Orlandos

Une fois de plus nous nous sommes retrouvés le joufflu entre deux assises et avons été forcé de sélectionner les deux fautifs. Le premier est le leitmotiv principal du film. Aussi sautillant et réjouissant que l’est cet opus d’Allen, nous retrouvons une dose de mauvaise foi via Larry David et son personnage. Difficile de ne pas penser à son rôle dans la série “Larry et son nombril” (“Curb your enthusiams” de l’autre côté de l’Atlantique). En effet les deux personnages sont assez proches et Larry David prouve comme jamais qu’il adore jouer les personnages détestables.

Whatever Works, 2009 –If I could be with you” par Jackie Gleason & His Orchestra

Deuxième fautif dans notre trouble pour la dernière place de cette sélection, nous nous quittons sur un classique de Jackie Gleason. Doux, et amer, un peu comme lorsque l’on tombe sur la bande annonce du Woody Allen annuel et que l’on repense à ce que l’auteur-réalisateur nous a procuré comme perles et comme émotions.

Alors à l’instar de l’artiste qui n’a jamais cessé de distiller une certaine nostalgie dans son œuvre, à la prochain évocation d’Allen, nous nous reporterons avec nostalgie vers “Annie Hall” et ses congénères. Décidément, c’est moche de vieillir. Comme Warner Chapell est un peu tatillon quant à la diffusion de son catalogue via Youtube, le seul moyen de l’écouter est Spotify.

Article écrit par Félicien Hachebé.

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