Critique d’Au revoir là-haut : la tragédie déguisée d’Albert Dupontel

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Véritable tragédie picaresque, Au revoir là-haut a tout comme son roman d’origine, transcendée la critique. En mettant en lumière l’impossible deuil de 14-18, Albert Dupontel s’est engagé dans un combat houleux contre les atrocités du passé. Mais ce film, décrit comme étant le nouveau chef d’œuvre du cinéma français, mérite t-il réellement ce titre ?

Quand on avance vers l’ennemi, on ne meurt pas de deux balles dans le dos.

Du politique au poétique

Réalisateur à l’univers grinçant, Albert Dupontel à l’art de manier avec une certaine ingéniosité, les registres graves et inquiétants. Les films qu’il réalise mélangent humour, émotion et violence. Un étrange cocktail devenu désormais, sa marque de fabrique. Et Au revoir là-haut n’échappe pas à la règle.

Cette oeuvre, adaptée du roman éponyme de Pierre Lemaitre, nous emporte au coeur du tournant des années folles et du lendemain de la Grande Guerre. L’histoire met en scène deux rescapés de tranchées ; Édouard Péricourt, dessinateur de génie et Albert Maillard, un modeste comptable. Blessés aussi bien physiquement que moralement par la guerre, les deux hommes vont élaborer une arnaque aux monuments aux morts afin de piéger les vivants. Un projet fou qui va les plonger vers une sombre destinée. Avec ce film, Albert Dupontel a donné naissance aux héros fictifs du romancier. En tenant compte de la description littéraire des personnages, le réalisateur a créé des hommes à la personnalité quelque peu loufoque et décalée (la preuve en est avec la scène ci-dessous). Mais cette frénésie ne retire en rien toute l’émotion présente dans ce film.

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Tragique et fantaisiste, Au revoir là-haut est une oeuvre ambitieuse, brillamment portée à l’écran par un casting cinq étoiles. Dans un rôle, considéré comme étant bien loin de sa zone de confort, Laurent Lafitte surprend le spectateur par la dureté de son personnage. Il y incarne le lieutenant Praudelle, un homme avide de pouvoir et vouant à la guerre, une passion des plus malsaines. Albert Dupontel nous livre, quant à lui, une performance toute en naturelle. Il interprète un homme désabusé, tentant malencontreusement de se reconstruire après son retour du front. Mais la plus grande révélation de ce film est sans aucun doute celle de Nahuel Pérez Biscayart. Apparu dans le militant, 120 battements par minute, l’acteur argentin transcende une nouvelle fois l’écran grâce à son rôle de survivant. Il y interprète une gueule cassée, victime sans visage d’une guerre mécanisée et un artiste en mal de vivre. Touchant de sincérité, Nahuel Pérez Biscayart bouleverse les spectateurs grâce à son incroyable prestance. Nul doute, ce casting fait véritablement toute la réussite de ce film !

D’un point de vue narratif, notre avis est plus mitigé. Si l’esthétisme est incontestablement le point fort de cette oeuvre, il en est tout autrement avec la narration. Au revoir là-haut se dessine comme étant une fresque baroque de la Grande Guerre, peut-être trop excessive. Film de tranchée, reconstitution historique des années folles, critique de la lutte des classes ou encore véritable récit de vengeance : à trop vouloir en faire, Albert Dupontel frôle de justesse l’exagération. Et ce point faible se ressent dans un scénario un brin trop théâtral. Tragédie ou fantaisie ? Voici la question qui reste en suspend à la fin de notre visionnage…

Au revoir là-haut est une oeuvre exubérante, merveilleusement portée à l’écran par un casting frôlant la perfection. Esthétiquement belle, l’adaptation cinématographique du prix Goncourt 2013, est à découvrir sans plus attendre dans votre cinéma Multiplexe à Brest. Un film qui vient simplement bouleverser le passé.

Au revoir là-haut : Bande Annonce

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