Critique de A Beautiful Day : une oeuvre purement sensorielle

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Six ans après le profond We Need To Talk About Kevin, l’écossaise Lynne Ramsay revient cette année avec une oeuvre sensorielle. Primé deux fois au Festival de Cannes 2017, A Beautiful Day se dessine comme une rapide et violente descente aux enfers. 

La violence en spirale

Joaquin Phoenix fait parti de ces virtuoses du cinéma encore jamais oscarisés. Et pourtant, chacune de ses prestations brise littéralement le grand écran. De son rôle de Jonnhy Cash incandescent dans Walk The Line (2005) en un homme désabusé dans l’émouvant Her (2013), il bouleverse à chaque fois. Et sa performance dans A Beautiful Day n’échappe pas à la règle. L’acteur américain y incarne un ex-soldat devenu tueur à gages. Persécuté par son passé d’enfant violenté, ce meurtrier fêlé se retrouve subitement au milieu d’un sordide trafic de petites filles. Son arme de crime à la main, il abat ses victimes à grand coup de marteau. 

S’il est indéniable que A Beautiful Day trouve son inspiration dans les classiques de Nicolas Winding Refn et Martin Scorcese, ce thriller reste pourtant une oeuvre purement singulière. Et pour rendre sa création unique en la matière, Lynne Ramsay s’est principalement centrée sur l’esthétisme de son film. Pendant 1h30, nous sommes les spectateurs d’un théâtre saccagé par la violence. La B.O composée par Jonny Greenwood remplace l’omniprésence des dialogues et les scènes d’action disparaissent au détriment de séquences plus moralisantes. A Beautiful Day nous transporte, le temps de 90 minutes, au coeur d’une pure expérience sensorielle.

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Ekaterina Samsonov et Joaquin Phoenix

Récompensé au Festival de Cannes 2017 avec le Prix de l’interprétation masculine, Joaquin Phoenix incarne un homme empli d’humanité. Car oui, Joe est un personnage purement contradictoire. Sous son air de véritable brute assoiffée de vengeance, se dissimule en réalité, un homme profondément perdu. Piégé par ses douloureux souvenirs d’enfance, Joe ne peut avancer dans le présent. Il est le prisonnier de son propre passé. Mais dans les yeux de la jeune Nina (Ekaterina Samsonov), adolescente victime d’un trafic sexuel, le vétéran semble lui-même se retrouver.

J’ai pensé à quelque chose de plus puissant que la violence “glamourisée”. Lynne Ramsay

La réalisatrice écossaise Lynne Ramsay dresse avec A Beautiful Day, un émouvant portrait d’une population “oubliée”. Celle d’hommes et de femmes vivant passivement leur propre vie. Car avant d’être un thriller sanglant, cette oeuvre est avant tout un drame poignant qui met en lumière de fortes thématiques. Enfance saccagée et traumatisme psychique de la guerre, voici des sujets quelque peu délaissés mais pourtant bel et bien présents dans notre société. Après le visionnage, on comprend mieux comment ce film s’est vu recevoir par la Croisette, une double récompense. 

A Beautiful Day c’est un peu la rencontre poétique entre une petite fille et une brute, unies par leur enfance brisée et leur recherche obsessionnelle d’une nouvelle vie.

A Beautiful Day : Bande Annonce