Critique de Bienvenue à Suburbicon : l’envers du décors !

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Sortie dans les salles obscures ce mercredi 6 décembre, la nouvelle réalisation de George Clooney peine à choisir entre deux genres pourtant bien dissociables. À mi-chemin entre la comédie dramatique et le thriller humoristique, Bienvenue à Suburbicon se dessine comme une oeuvre confuse et particulièrement grinçante.

Bienvenue chez les Coen

À l’origine, George Clooney souhaitait mettre en lumière, une page oubliée de l’histoire. En 1957, en Pennsylvanie, la population blanche s’est opposée à l’arrivée d’une famille noire dans le quartier pourtant si paisible de Suburbicon. Jusqu’ici, rien de choquant. Et pourtant, dès les premières minutes, la comédie semble se perdre au coeur de son propre scénario. Et pour cause, l’univers si particulier des Frères Coen a pris d’assaut le long-métrage. L’aspect dramatique s’est métamorphosé en comédie délirante, à l’image de The Nice Guys. de Shane Black (2016). En semant dès le début le trouble auprès du spectateur, le film s’est perdu d’emblée. L’intrigue se concentre sur deux histoires censées coïncider l’une avec l’autre, mais qui finalement ne se rejoignent jamais. La première est centrée sur la chute d’un père de famille (incarné par un Matt Damon inexistant) qui fait assassiner sa femme (Julianne Moore, en blonde) pour se mettre avec la sœur jumelle de cette dernière (Julianne Moore, en brune). La deuxième plus historique : l’arrivée d’une famille noire qui provoque la fureur du voisinage. Le rapport entre ces deux plans ? Aucun. L’originalité mais également toute la faiblesse de l’intrigue tient donc d’un brouhaha d’idées farfelues.

D’un point de vue narratif, Clooney a choisi d’adopter le point de vue quelque peu insouciant de l’enfant. C’est donc à travers le regard d’un garçon de dix ans que l’histoire est racontée. Ce dernier prend alors conscience de toute l’animosité des adultes et de l’inexistence d’une utopie qu’on nomme le rêve américain. Mais ce choix, pour le moins judicieux, s’épuise tout autant que l’intrigue en elle-même. En effet, à force de vouloir se focaliser sur la naïveté de l’enfant, le réalisateur nous offre une longue liste de personnages complètement stéréotypés. Seul point à retenir parmi ce “faux” casting de luxe : la brillante performance d’Oscar Isaac, avec son jeu subtil et acerbe d’agent des finances.

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Julianne Moore

Mais Bienvenue à Surburbicon est-elle l’œuvre de Clooney ou bien des Coen ? Voici la question fatidique qui ne cesse de nous habiter durant et après le visionnage. Humour noir, esthétisme rétro et ambiance oppressante, nul doute, la patte des deux frères est bien omniprésente ! 

Avec ce film, George Clooney ne semble pas avoir dépassé le stade de l’écriture scénaristique. Si les idées qui peuplent son scénario sont intéressantes, le réalisateur fait pourtant l’erreur de ne pas aller au bout de son projet. Une question sommeille alors : quelle était son intention ? Mettre en lumière l’illusion d’un rêve américain ? Moderniser un fait historique oublié ? Ou tout simplement réaliser une comédie grinçante et quelque peu caricaturale ? 

Bienvenue à Suburbicon est à découvrir dans votre cinéma Multiplexe Liberté à Brest.