Critique En Guerre : Une fiction plus vraie que nature

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Trois ans après La Loi du marché, honorable fiction aux multiples nominations, Stéphane Brizé revient avec un nouveau drame social haletant. Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes, En Guerre est une plongée en temps réel au cœur de la lutte des employés d’une usine, pour s’opposer à sa liquidation abusive. Critique d’un portrait de la société.

Métrage en pleine action

En 2015, le duo gagnant composé de Vincent Lindon et Stéphane Brizé, présentait lors de la 68e édition du Festival de Cannes, un film aux multiples éloges. Face à ce succès unanime, les deux artistes engagés ont souhaité aller plus haut, plus fort, en se projetant au cœur d’une lutte ouvrière. Vincent Lindon y interprète, à l’opposé de son personnage dans La Loi du marché, un leader syndical combattif, confronté à ses patrons, mais aussi à d’autres représentants syndicaux. Un rôle qui, évidemment, lui colle naturellement à la peau. Et pour ancrer dans la réalité son film, le cinéaste nommé deux fois au César du meilleur réalisateur, a choisi l’angle du reportage. Il livre ainsi un script et des dialogues soigneusement écrits et une mise en scène fascinante, qui donne alors le sentiment que tout a été improvisé. En temps réel. Sous vos yeux. Un choix non surprenant, quand on sait qu’on a affaire à deux mordus de précision.

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Vincent Lindon, acteur engagé.

Et pour interpeller dès le début le spectateur, Stéphane Brizé a choisi d’entrer directement dans le vif du sujet. Et ce, dès la première scène. C’est ainsi qu’il décide d’aborder en premier plan, une négociation entre les représentants syndicaux et les cadres de cette usine de pièces détachées automobile, dont le siège se trouve en Allemagne. On y découvre les sacrifices consentis par les personnels, pour sauver leur usine et les objectifs financiers de la direction, qui met en péril des hommes et des femmes, et plus largement, tout un bassin industriel.

Mais ce qui rend ce film si intense, c’est bien l’art de raconter cette histoire. Le cinéaste parvient ainsi à transformer son œuvre en un récit constructif, avec des personnages chargés de volonté. Le scénario nous tient en haleine par la simple véracité de l’intrigue, le suspense s’impose en maître, l’émotion est omniprésente et les acteurs tout simplement magistraux. Que dire de plus si ce n’est que En Guerre se dessine comme une belle continuité de La Loi du marché. Les deux films se présentent comme un miroir : quand l’inertie de la défaite laisse place à la force du désespoir et que le silence se transforme en un discours effréné. Même si ce drame social ne s’est pas imposé sur la Croisette, il a tout de même le mérite de briller sur la scène nationale…

Bande Annonce : En Guerre