Critique Les Frères Sisters : Le conte philosophique de Jacques Audiard

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Trois ans après Dheepan, Palme d’or du Festival de Cannes 2015, Jacques Audiard revient enchanter la critique avec un western au succès planétaire. Les Frères Sisters est une chronique tendre et brutale de deux criminels innés… du moins en apparence. 

L’utopie d’Audiard

La nuit, le noir, puis soudain, le chaos. La scène d’ouverture des Frères Sisters délivre en l’espace de quelques secondes, toute l’intensité de cette oeuvre moralisante. Car derrière la violence de ces deux tueurs à gages, se dissimulent des âmes sensibles, au passé tourmenté. Les Frères Sisters est une chevauchée mélancolique qui dépeint avec force et faiblesse un fidèle portrait de l’Amérique. Ce conte philosophique signé Jacques Audiard, raconte l’histoire de Charlie et Elie, deux frères-tueurs évoluant dans un monde sauvage et hostile. Mais derrière la brutalité sans faille de leur métier se cache un rêve utopique : celui d’une vie normale. Mais comment retrouver le chemin de l’humanité quand on est né avec du sang sur les mains ? Telle est la question mise en lumière par ce beau et grand tableau nocturne

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John C. Reilly et Joaquin Phoenix

Pour endosser les rôles de ces frères tourmentés, Jacques Audiard a choisi deux immenses talents américains : John C. Reilly et Joaquin Phoenix. Le premier incarne Eli Sisters, l’aîné mais également le plus responsable de la fratrie. Il est celui qui pense à l’avenir, aux conséquences de ses actes et à une possible vie future. Joaquin Phoenix interprète quant à lui Charlie, âme sensible tourmentée par une enfance difficile, qui noie ses déboires dans l’alcool. Deux êtres bien différents mais pourtant si proches. Car Les Frères Sisters est avant tout une grande chronique familiale qui met en lumière les inséparables liens du sang. L’intrigue se concentre sur les échanges entre les deux hommes et les fossés qui résident entre-eux, s’éloignant ainsi des traditionnelles scènes d’action qui font toute l’identité de cet indémodable genre cinématographique. Et derrière cette profonde histoire intime se dégage une belle moralité autour de la notion de partage, d’une société sans violence, sans meurtre. Une leçon qui fait timidement écho à l’Amérique passée et actuelle. 

La preuve réside dans la séquence finale. Tel un retour aux sources, les deux frères terminent leur douloureux voyage dans le cocon familial, loin de la violence et la brutalité du monde qui les entoure. Une finalité qui, en opposition à la brutalité de l’intrigue, se veut finalement pleine de tendresse. Si ce western des temps modernes présente quelques défauts (un profond manque de détails avec des questions qui restent sans réponse notamment autour de l’enfance tourmentée des deux hommes), il reste pourtant un beau conte philosophique qui donne à méditer… 

Les Frères Sisters : Bande Annonce

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