Interview : Camille Mérité ou la richesse d’un univers enfantin

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C’est à travers le regard quelque peu candide d’une enfant, que la comédienne Camille Mérité a souhaité mettre en lumière un sujet alarmant de notre société : la situation des sans-abri. C’est avec une grande sensibilité que la jeune artiste nous parle aujourd’hui de cette pépite cinématographique, dénommée « Je suis Monsieur Lapin ».

Si le film peut donner à réfléchir, alors on a déjà un peu gagné.

Bonjour Camille, « Je suis Monsieur Lapin » est un magnifique film teinté d’espoir. Pour votre première réalisation, vous avez choisi de parler de l’alarmante situation des sans-abri. C’est un sujet qui vous touche particulièrement ?

La situation des sans-abri est, je crois, un sujet de société qui touche chacun d’entre nous. Il me semble que personne n’est réellement à l’abri de se trouver un jour sans domicile fixe. Je suis alarmée par le traitement souvent réservé à ces personnes qui pourraient être nos frères, sœurs, parents, amis… qui pourraient être nous en fin de compte. Quand je vois tous les dispositifs mis en place pour chasser les SDF des villes, je me dis qu’il y a vraiment un truc qui cloche. Invisibiliser la situation ne la règlera pas. Il n’est pas rare également d’observer des personnes totalement hermétiques aux demandes, gestes et regards des sans-abri. En passant à côté de quelqu’un sans lui accorder ne serait-ce qu’un regard, on lui manque de respect dans sa condition la plus simple : celle d’être humain. Évidemment, tout n’est pas mauvais, et il ne faut pas oublier de souligner les nombreuses actions mises en place pour aider les SDF – que ce soit financièrement, à se vêtir, à se loger, à se réinsérer -. Au-delà de ces aides, qui sont évidemment primordiales, il me semble qu’établir du lien social – un dialogue, un intérêt, un regard – revêt également un caractère indispensable. Avec Je suis Monsieur Lapin, nous voulions parler de l’urgence d’établir ce lien social.

Vous avez réussi en seulement 140 secondes, à redonner espoir en la vie. C’est un projet ambitieux mais brillamment réussi. Comment vous y êtes-vous prise ?

J’ai eu la chance d’être extrêmement bien entourée par une équipe au top – aussi bien du côté des acteurs que du casting technique -. Pour ma première réalisation, je n’aurais pas pu rêver mieux : tout le monde était très investi et réellement au service du film. Je les remercie infiniment pour ça. Après, je pense que « redonner espoir en la vie » est peut-être une expression trop forte, mais si le film peut donner à réfléchir, alors on a déjà un peu gagné.

Pourquoi avoir choisi de raconter cette histoire à travers les yeux d’une enfant ?

L’univers enfantin est en quelque sorte mon terrain de prédilection. J’entends par là qu’il est souvent plus facile pour moi de comprendre les choses en adoptant des yeux d’enfants. J’ai toujours eu un contact assez privilégié avec les petits. J’ai d’ailleurs beaucoup travaillé, en parallèle de mes études, au sein d’écoles primaires dans des classes de CP en tant qu’animatrice. Je suis fascinée par la façon dont les problèmes que nous considérons comme insolubles prennent souvent une toute autre dimension chez les enfants. Plus simple, moins inhibé, le chemin de pensée enfantin, qui se fiche pas mal de bon nombre de codes sociétaux, est généralement aussi honnête que décomplexé ; et donc très sensible.

Avec Olivier Bordin et Aladdin Serraoui de Lanzac, qui sont mes co-scénaristes, nous voulions vraiment aborder le sujet de la situation des sans-abri à la fois de manière frontale et légère. Frontale, car sans détour ; légère, car sans arrière-pensées. Un jour, alors que j’étais dans le métro, j’ai entendu un petit garçon interroger une jeune femme qui faisait la manche : « Pourquoi tu n’as pas de maison ? Pourquoi tu n’as pas de travail ? ». Furtif mais criant de sincérité, cet échange est devenu la clef de voute du court-métrage. Avec notre formidable petite comédienne, dont la sensibilité naturelle nous a tout de suite touchés, nous souhaitions vraiment nous défaire de tous les a priori adultes qui bien souvent nous éloignent les uns des autres. Nous voulions faire tomber toutes les barrières.

Il est souvent plus facile pour moi de comprendre les choses en adoptant des yeux d’enfants.

Comment vous est venue l’envie de devenir actrice ?

Honnêtement, à la base, je ne sais plus trop, car j’ai commencé le théâtre très jeune – à mes 7 ans – , et je n’en suis jamais réellement sorti. C’était comme ça, c’était mon truc. Originaire du sud de la France, je suis montée à Paris à mes 18 ans et j’ai entrepris des études de cinéma et commencé à travailler à différents postes dans le milieu du cinéma et du théâtre : production, casting, assistanat à la mise-en-scène… L’année dernière, j’ai réalisé que j’avais délaissé quelque peu le côté « comédienne » et que jouer me manquait beaucoup. J’ai alors décidé de m’y consacrer sérieusement cette année. J’ai eu la chance d’intégrer l’Actors Factory, qui est un studio d’acteur qui dispense une super formation. Aujourd’hui, avec du recul, je commence à comprendre cette envie, ce besoin d’être actrice : je crois qu’il s’agit avant tout d’explorer différentes choses, de sauter d’une vie à l’autre, de raconter des histoires… de vivre 1000 fois, en fait.

Quels sont vos projets ?

J’ai plusieurs projets de films – en tant qu’actrice -, et je débute également le doublage de dessin-animé, ce qui m’enthousiasme énormément. La priorité, maintenant, est de passer un maximum de castings et de multiplier les projets.

Si vous deviez définir votre univers en un mot, lequel serait-il ?

Sensible ? Sensible.

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“Je suis Monsieur Lapin” est en compétition au Nikon Film Festival