Interview : Bertrand Mandico et l’éveil des « Garçons sauvages »

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Vous n’avez sans doute pas pu passer à côté de ce film transgenre. Véritable ovni cinématographique, Les Garçons sauvages se dessine comme une œuvre purement sensorielle, signée Bertrand Mandico. Nous sommes allés à la rencontre de ce cinéaste de génie, à l’univers entièrement débridé. 

J’ai été hanté par des fantômes cinématographiques hétéroclites.

Bonjour Bertrand. Votre film, Les Garçons sauvages, connaît actuellement un très beau succès dans les salles. Parlez-nous un peu de ce film transgenre…

Bonjour. J’ai voulu faire le film qui me hantait, faire le film que je voulais voir, ne pas bouder mon plaisir de spectateur et d’auteur. Explorer un type de récit fantastique, qu’on n’a peut-être pas l’habitude de développer quand on aborde un premier long : une histoire qui mêle aventure et surréalisme, île tropicale et studio, bateau et tempête, sexe et métamorphose… J’ai tourné en essayant d’embrasser la fantaisie, avec toujours le désir d’entraîner le public dans ce sillage. Avec Les Garçons Sauvages, j’ai laissé libre cours à mes pulsions scénaristiques et mon désir de brouiller les cartes du genre.

Pauline Lorillard, Vimala Pons, Diana Rouxel, Anaël Snoek et Mathilde Warnier sont les cinq héroïnes de ce film. Vous avez choisi des actrices pour incarner à l’écran, des personnages de garçons. Pourquoi ce choix scénaristique ?

C’est le concept initial, inhérent au principe du film. J’ai pensé à des actrices dès le début, le désir de leur offrir des rôles iconoclastes et chercher en elles les garçons… C’est intéressant de donner des possibilités de jeu à des actrices qui se sentent peut-être à l’étroit dans ce qu’on peut leur proposer. Cela a été long pour trouver les cinq  actrices et la dynamique de bande : je ne voulais pas tomber dans la caricature du film choral, où la caractérisation physique de chacun est très marquée pour qu’on reconnaisse le personnage. Je voulais une bande unie, presque comme un groupe de rock. Je trouve que les actrices sont les meilleurs acteurs. C’est un choix qui créé un trouble chez le spectateur et je préfère le trouble à la netteté (mon côté myope).

Votre film, Les Garçons sauvages, ressemble à une pure épopée visuelle, une odyssée très sexuée à travers les délices de la faune et la flore. Quelle place occupe l’esthétisme au sein de votre univers ?

L’esthétisme est comme une lumière qui brillerait dans la nuit du réel brut qui nous envahit. C’est une lueur qui éclaire mon récit, il me guide de scène en scène, j’essaye de lui résister de le tordre de le mal traiter pour qu’il n’entrave le film ou l’étouffe. La forme doit traduire la fond de façon insidieuse. Je veille à ne pas faire de l’esthétisant, je cherche à rester sur un fil fragile, entre grotesque et délicatesse.

Je trouve que les actrices sont les meilleurs acteurs.

Vous mixez dans votre œuvre, différents codes cinématographiques (visuels et sonores), afin d’offrir aux spectateurs, un spectacle fascinant. Le cinéma est-il pour vous une sorte d’échappatoire ?

Le cinéma est mon oxygène, pas tout le cinéma, mais un certain cinéma romantique et sauvage, je poursuis un idéal. Je suis très perméable aux films que je vois et je convoque les influences qui me sont chères, dans mon inconscient sans chercher à les identifier, comme un magma abstrait.  C’est comme un état d’ivresse qui m’aide à trouver ma propre voix, à déterminer mon chemin et langage. Pour Les Garçons sauvages, j’ai été hanté par des fantômes cinématographiques hétéroclites. Quand je fais un film, j’ai l’impression de faire de la plongée en apnée dans des abysses, au milieu des navires engloutis, qui sont les films que j’ai aimés.

Puisez-vous votre source d’inspiration dans vos influences artistiques ou bien dans votre propre imaginaire ?

Mon imaginaire est sous influence. J’essaye de digérer, d’oublier, d’inventer. Puis de me remémorer en toute honnêteté.

Du format court au long métrage, quels sont vos projets pour l’avenir ?

Multiples, il faut semer mille projets pour en voir certains éclore. Je termine un moyen-métrage Ultra Pulpe, un récit enchâssé, des histoire de filles et de femmes qui ne veulent pas vieillir, sous fond de tournage de film de Science fiction. Je dois aussi monter un court : The return of Tragedy, l’histoire d’une ancienne Rock Star qui libère organes afin qu’ils puissent mener leur propre vie. J’ai un projet de long, un western électrique sur la lâcheté, une série TV et autres projets que j’aimerai voir s’envoler.

Si vous deviez définir votre univers un mot, lequel serait-il ?

Miroir.

Les Garçons sauvages : Bande Annonce