Interview : Florent Mathey, un talent d’or

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Dans le cadre du festival Kinoma, nous avons eu le plaisir de croiser Florent Mathey, acteur, réalisateur de court-métrage, et vedette d’un seul en scène appelé « Les Talents d’Or ». Rencontre avec cet artiste touche-à-tout.

 

 De mon point de vue, le Kinoma représente l’aventure vers les talents du court métrage.

 

Bonjour Florent. Tu es maintenant comédien depuis 8 ans, on a pu te voir sur scène dans une version théâtrale Opening Nights de Cassavetes ainsi que dans trois court-métrages de Pierre Chabrier. Peux-tu nous en dire un peu plus sur toi ?

 J’ai suivi des cours de théâtre à Lyon puis à Paris, j’ai joué dans des courts métrages, à la télévision avant de m’intéresser à la scène et notamment le one-man show. J’ai pu tester les personnages de mon spectacle lors de scènes ouvertes avant de lancer un seul en scène d’une heure. Ce seul en scène est joué depuis janvier. Il s’appelle donc Les talents d’or et relate une soirée de remise de récompense où chaque prestation des nominés fait un peu plus déraper

Tu viens de nous teaser ton seul en scène, tu ne vas pas nous laisser dans le suspense quand même ?

Parlons-en. C’est un spectacle qui part d’une certaine vision de la société, de la vie et de mon expérience personnelle. Il faut savoir qu’il y a toujours une part de notre inconscient que l’on projette au travers de ses personnages. Ils sont souvent orientés par la société et la politique. « Les Talents d’Or » a été élaboré en collaboration avec Kévin Métayer. Il m’a aidé à trouver le cadre pour que les personnages viennent sur scène, soient développés, pour trouver les transitions etc… On a fait ça assez rapidement.

Tu as toujours voulu être acteur ?

 Effectivement. Alors on va pas se mentir, en général dans la profession cette envie résulte d’un désir d’être reconnu et aimé. Il faut comprendre que la scène est une façon d’être libre et de se lâcher complètement. La seule condition est d’être sincère.

Pourtant tu n’es pas au Kinoma pour faire une avant-première de ton spectacle.

(Rires) Du coup tu te demandes mon lien avec le Kinoma ? Je fais partie de l’association. J’ai rencontré Xavier Chaguidanian (co-fondateur du festival – NdlR) lors du festival de Cannes. Chaque membre de l’asso est un peu multi-tâches : je peux très bien tenir le bar, être à la vidéo ou à la photo. C’est moi qui cadrait l’interview de Marc Fourchard en 2015. Il m’est même arrivé d’animer une soirée.

Pour toi ça représente quoi le festival Kinoma?

 De mon point de vue, le Kinoma représente l’aventure vers les talents du court métrage. La possibilité de faire vivre le court. Ça reste marginal car pas rentable aux yeux de certains, mais c’est essentiel car cela reste l’occasion pour les réalisateurs de se faire la main et c’est un laboratoire pour les acteurs.

 

La scène est une façon d’être libre et de se lâcher complètement. La seule condition est d’être sincère.

 

J’aimerais rebondir sur la notion de « laboratoire pour les acteurs ». Il est vrai que la notion de jeu d’acteur peut différer d’une personne à l’autre. C’est d’ailleurs ce que nous a prouvé Albert Dupontel lors d’une de ces interviews où il compare d’ailleurs le jeu d’acteur de Dustin Hoffman dans Rain Man à une imitation effectuée par un singe.

C’est quoi ta vision du jeu ?

 Je n’étais pas au courant de ce coup de gueule. Il me semble que le jeu de Hoffman rentre dans la méthode Actor’s Studio qu’appliquent De Niro et Al Pacino que Dupontel apprécie d’ailleurs. Donc je ne comprend pas vraiment sa réaction.

En ce qui me concerne il y a deux manières de jouer : la première est très française. On joue « à distance » au lieu d’incarner. En France on ne joue pas avec ce que l’on est ainsi que nos émotions. Personne ne prend le risque de se “vulnérabiliser”. Ça se rapproche du théâtre : donc pas d’engagement personnel. Le jeu d’acteur devient trop intellectualisé. Tout est dans la tête au lieu d’être dans les tripes.

Donc la France souffrirait d’un syndrome Léa Seydoux ?

(rires) Je ne le dirait pas comme ça. Mais le jeu d’acteur peut contenir un paradoxe : le risque de laisser un tomber un masque pour en revêtir un autre. Au fond on incarne un personnage pour montrer qui on est vraiment à travers lui. C’est une exercice assez difficile. Je comprends qu’on ait pas forcément envie de s’y frotter de trop près. D’un côté il faut qu’on arrive à révéler une partie de nous-même qu’on avait envie de libérer, ça s’appelle le lâcher prise. De l’autre, il faut aussi se protéger sinon on part dans des dérives et la souffrance. C’est très compliqué.

Un petit mot sur tes projets futurs avant qu’on ne se quitte ?

Disons qu’à présent j’ai envie de mener des projets pour le grand écran, continuer mon seul en scène et même développer mes personnages via une web-série. Ou encore réaliser d’autres courts-métrages.

Interview réalisée par Félicien Hachebé

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