Interview de Maxime Gaudet : “l’actualité est une source d’inspiration”

interview-de-maxime-gaudet

Réalisateur français de vingt-huit ans, Maxime Gaudet entretient un rapport particulier avec la société. Les sujets d’actualité sont sa principale source d’inspiration, comme le montre son poignant court métrage, Au bout de la rue. Rencontre avec un homme de son temps.

C’est dramatique, ça montre à quel point c’est ancré dans notre société et normalisé.

Bonjour Maxime. Au bout de la rue est un court-métrage qui dépeint avec un profond réalisme le harcèlement de rue. Peux-tu nous en dire plus sur ce projet ?

Ce projet est né à force d’entendre parler les filles autour de moi d’histoires qu’il leur était arrivée, et particulièrement ma copine qui s’était faite suivre jusqu’à chez elle une fois, et sur quelques rues à plusieurs reprises.

J’avais l’idée de traiter le sujet depuis un moment mais un jour que je n’y pensais plus et que je me promenais avec elle, un homme a lancé une insulte dans notre direction sans raison. De le voir et de l’entendre m’a fait un choc. J’ai lu énormément de témoignages sur le sujet, parcouru des blogs, etc… et j’ai finalement eu cette idée de plan séquence, où on suivrait juste une fille remonter sa rue après s’être faite insultée. Je ne voulais pas parler d’agression physique mais juste de l’impact de la parole. Le stress que ça peut engendré alors qu’à première vue, si elle le racontait à quelqu’un, on pourrait très bien lui répondre que « ça va, il n’est rien arrivé au final ». J’ai donc repris ce que j’ai lu et entendu, à savoir les écouteurs pour éviter le contact avec l’homme, le regard des passants et la honte ressentie alors que c’est elle qui se fait insultée, et les menaces qui semblent venir de partout ensuite : la voiture, un homme qui fume une cigarette, … Les bruits aussi sont très importants, j’ai essayé de densifier l’ambiance après l’agression, chaque son de la ville auquel on ne ferait pas attention devient très présent et menaçant.

Il s’agit d’une vidéo extrêmement immersive ! Le but de ce court-métrage est-il de faire prendre conscience du réel danser que représente ce phénomène ?

L’idée était de mettre le spectateur dans sa peau, car si on entend l’histoire hors contexte on ne se rend pas forcément compte du stress que ça implique. Le plan séquence aide aussi beaucoup car il permet de mettre en évidence tout ce qui peut se passer en seulement 2-3 minutes, dans une simple rue, en bas de chez soit.

Le harcèlement de rue est un sujet alarmant qui prend de plus en plus de place au sein de notre société. Aujourd’hui, on commence tout juste à en parler plus librement. Selon-toi pourquoi cette question reste-t-elle si taboue ?

Je pense qu’elle n’est plus si taboue, on en parle énormément, mais malheureusement une grande quantité d’homme pense que ce n’est pas grave, que c’est normal et même dans leur droit parfois. La preuve est cette fille à Amsterdam qui s’est prise en selfie avec les hommes qui viennent de l’insulter, ils sont souriants et fiers d’eux. J’ai aussi pu voir dans les commentaires que j’ai reçu sur internet qu’une partie des filles pense qu’elle ne devrait pas rentrer seule, que c’est donc en partie sa faute. C’est dramatique, ça montre à quel point c’est ancré dans notre société et normalisé.

J’ai tendance à toujours aller vers des sujets de société.

Pourquoi la réalisation ?

La réalisation pour plein de raisons : raconter des histoires, aborder des sujets, donner mon avis, faire réfléchir, ou simplement faire du beau, de l’esthétique, je suis aussi souvent chef opérateur car j’adore l’image en elle même, la technique.

As-tu de nouveaux projets cinématographiques ?

Oui de nombreux projets, plus que je ne peux en faire d’ailleurs malheureusement, j’ai tourné un nouveau court-métrage cet été, un clip aussi en tant que réalisateur, et plusieurs clips en tant que chef-opérateur. J’espère tourner un autre court-métrage ce mois-ci. Il faut juste que je trouve le temps haha (et aussi l’argent… à bon entendeur)

Comment qualifierais-tu ton univers ?

J’ai tendance à toujours aller vers des sujets de société donc on peut dire assez réaliste, mais j’ai aussi quelques scénarios de court-métrages que j’aimerai bientôt tourner qui sont un peu plus fantastiques. On verra où l’avenir me mène, mais une chose est sûre c’est que l’actualité et ce que je vois autour de moi est une source d’inspiration importante.

La caméra sur l’épaule, Maxime Gaudet dépeint avec un profond réalisme, les sujets alarmants de notre quotidien.

Au bout de la rue : Court métrage