Interview de William Pourtalès et Leslie Baurens : un univers fantasmagorique

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Horreur, dystopie et psychologie, voici les mots qui définissent au mieux, le sombre univers de William Pourtalès et Leslie Baurens, réalisateurs de « Je suis le fil ». Ce duo de choc nous ouvre aujourd’hui les portes, d’un merveilleux monde artistique.

Les codes de l’horreur nous ont permis de parler de culpabilité et de conflit.

Bonjour William et Leslie et un grand bravo pour votre film psychologique et oppressant. Pouvez-vous nous parler du scénario de « Je suis le fil » ?

William : Bonjour et merci beaucoup ! L’idée nous est venue lorsque des amis ont offert à Leslie une vieille machine à coudre qu’ils avaient trouvée dans la rue (celle du film). En examinant l’objet nous avons commencé à fantasmer son passé. Il y avait encore une étiquette de réparation avec un nom de famille : “Groud”.

Leslie : Nous l’avons testée et celle-ci était parfaitement fonctionnelle. Pourquoi s’en débarrasser alors? C’est ainsi que nous avons imaginé un récit autour de cet élément. L’histoire d’un conflit entre une grand-mère et sa petite fille. D’un personnage égocentrique qui a apposé sa signature pour l’internement de sa grand-mère, dont elle était tutrice, en hôpital psychiatrique. Puis d’une grand-mère qui, même après sa mort, va vouloir lui ouvrir les yeux et la culpabiliser à travers la machine.

Esthétisme, jeu de lumière et musique grinçante, votre court-métrage nous offre 140 secondes de pur délire visuel et sonore. Pourquoi avoir choisi cet univers horrifique ?

Leslie et William : Les codes de l’horreur nous ont permis de parler de culpabilité et de conflit, ce genre est souvent utilisé pour mettre un personnage face à ses erreurs. Nous voulions que la culpabilité de Lila fasse irruption sous forme d’apparitions violentes des derniers instants de sa grand-mère, dans sa propre vie. D’où l’opposition par exemple des couleurs chaudes et froides. Chaudes pour représenter l’univers confortable de Lila et froides pour l’immiscion de l’univers hospitalier et de la mort. Le tout, accompagné d’un violon dissonant qui “poursuit” Lila de la même manière que les apparitions.

Vous avez réussi, en seulement 2 minutes 20, à raconter cette incroyable histoire. Comment vous y êtes-vous pris ? 

Leslie et William : Nous avons minuté la première version du scénario à 5/10 minutes. Il a donc fallu aller à l’essentiel et faire comprendre certaines choses d’une manière différente. Par exemple l’enterrement devait durer beaucoup plus longtemps, c’est la première séquence que nous avons réduit afin de pouvoir garder un maximum de temps sur le reste du film. Nous avons aussi supprimé toute une séquence où Lila entre dans une pièce et se retrouve nez à nez avec une infirmière qui lui demande de signer le formulaire d’admission à l’hôpital psychiatrique en lui répétant qu’elle ne pourra plus revenir en arrière.

Vous dites partager la même vision du cinéma. C’est-à-dire ?

Leslie et William : Nous aimons les histoires sombres et inquiétantes : horreur, thrillers psychologiques, dystopies ainsi que les anti-héros. Ça rend toujours le personnage principal plus humain lorsqu’il est bourré de défauts et de traumas. Et pour finir nous aimons tous les deux que la compréhension d’un film passe par le biais de l’image, du son et du jeu d’acteur avant d’en venir au dialogue : le spectateur est actif.

Nous aimons les histoires sombres et inquiétantes.

Pourquoi avoir choisi la réalisation ?

Leslie : Petite je faisais des bandes-dessinées pour pouvoir faire évoluer les personnages que j’imaginais. Après 7 ans de théâtre je me suis prise de passion pour des personnages imaginaires. Entre temps je faisais de la couture pour leur donner vie, mais c’est en licence cinéma où je me suis découvert le goût pour la réalisation entre documentaire, clip et fiction. J’avais envie que mes personnages deviennent réels et pour cela il fallait qu’ils soient incarnés par des acteurs. J’aime inventer l’ambiance, l’univers et les couleurs qui se reflètent de mes protagonistes tout en imaginant les costumes qui vont se dégager de leur passé et de leurs personnalités.

William : J’ai toujours aimé raconter de différentes manières les histoires que j’inventais. Moi aussi, étant jeune, j’écrivais mes histoires en bandes-dessinées, je m’amusais à tourner des petits films avec un caméscope (et du ketchup pour faire du sang !). Je pense avoir été aussi beaucoup influencé par mon oncle qui faisait du théâtre. J’ai ensuite fait de la peinture, de la musique (je continue d’ailleurs et poste régulièrement sur soundcloud: “The Shapeless Forest” ou “William Pourtalès”). Je me suis rendu compte que le cinéma était, pour moi, l’aboutissement de toutes les formes de création. C’est fascinant de pouvoir rassembler autant d’outils différents qui œuvrent pour la même idée.

Quels sont vos projets ?

Leslie et William : Nous aimerions faire une version plus longue de ce film, un 20 minutes dans un premier temps. Le format 2,20m actuel pourrait nous servir de vitrine afin de trouver une production qui aimerait partir avec nous dans l’aventure. Nous avons développé autour du scénario actuel un hors-film que nous aimerions approfondir. Il faut savoir que c’est notre 3ème “vrai” projet en collaboration, nous avons réalisé un autre court-métrage qui s’appelle REFLET qui est un récit dystopique et surréaliste traitant de l’identité dans un univers contemporain. En dehors de la fiction, le clip nous passionne aussi énormément. Nous avons réalisé un clip pour le groupe Le Baratin de la Joie, et l’expérience nous ayant vraiment plu, nous continuerons volontiers à en réaliser.

Si vous deviez définir votre univers en un mot, lequel serait-il ?

Leslie et William : Fantasmagorie !

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