Interview de Yann Gozlan, réalisateur de « Burn Out »

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Après le thriller Un Homme Idéal, Yann Gozlan signe avec Burn Out, un film d’action anxiogène et ultra stylisé, qui n’est pas sans rappeler quelques inoubliables pépites du grand écran. Rencontre avec un brillant réalisateur, à l’univers aussi esthétique que palpitant.

 

Inconsciemment, je dois être attiré par ce type de personnages « maudits » malmenés par le destin.

 

Bonjour Yann. Votre film Burn Out qui est sorti le 3 janvier dernier, a connu un très beau succès dans les salles. Pourquoi avez-vous choisi de livrer aux spectateurs, une telle expérience sensorielle ?

Dès l’écriture du scénario, je souhaitais raconter l’histoire du point de vue de Tony, le personnage principal et faire partager au spectateur sa peur, son stress et son adrénaline. La mise en scène devait renforcer ce parti-pris. L’utilisation de la caméra embarquée pour les scènes de moto ainsi que le recours à des plans macros collés aux yeux du pilote, à l’intérieur de son casque, participent à l’immersion et à la subjectivité recherchées tout en renforçant l’aspect sensoriel du film.

En outre, je voulais rendre compte de la fatigue grandissante du personnage. En effet, très vite, Tony plonge dans une spirale infernale où il doit tout mener de front : assumer ses compétitions, son travail alimentaire le jour et ses go-fasts la nuit.  Cet engrenage où il se trouve enfermé l’emmène au bord de la rupture. A un moment, il décroche de la réalité, son corps est en train de dérailler. Pour rendre compte de l’état second du personnage au bord de la rupture, je devais m’éloigner du naturalisme et assumer une certaine stylisation à travers de purs effets de mise en scène. C’était ce point précis qui m’intéressait en priorité et que je voulais faire ressentir au spectateur. D’où cette envie d’offrir une expérience immersive et sensorielle qui caractérisent le film en lui apportant, je l’espère, une certaine originalité.

L’urgence, la vitesse et le danger sont les trois mots qui ressortent de votre film. Était-il primordial pour vous, de transmettre cette sensation oppressante et de diffuser cette montée d’adrénaline ?  

Bien sûr, c’était fondamental. Le film est centré autour d’un pilote de moto qui se retrouve plongé dans une spirale infernale. Au fil de son quotidien harassant qui ressemble de plus en plus à une course effrénée sans fin, Tony tente de tenir coûte que coûte. La vitesse, le danger et l’adrénaline sont au cœur même de l’histoire. Comme je l’ai mentionné, l’histoire est racontée du point de vue du personnage principal : la mise en scène devait donc renforcer ce parti-pris de « subjectivité » en faisant ressentir au spectateur la peur, le danger, l’adrénaline ressentis par ce(t) (anti)-héros… Sans dévoiler la fin du film, le véritable sujet de BURN OUT est l’addiction. L’addiction à la vitesse, au danger, à l’adrénaline…

Un Homme idéal et Burn Out sont des films qui se concentrent sur la spirale mensongère et criminelle. Est-ce une coïncidence si nous retrouvons, dans vos deux plus grandes réalisations, cette même thématique autour de la décadence d’un personnage ?

Même si  les deux film,  à première vue antagonistes (l’un solaire situé au milieu de paysages luxuriants, l’autre nocturne et urbain), sont ancrés dans des univers radicalement différents (la haute bourgeoisie et le monde littéraire pour l’un, celui du Superbike et des caïds de cité pour l’autre), les deux long métrages présentent à mes yeux plusieurs similitudes et thèmes communs : le mensonge, l’engrenage, un aspirant écrivain dans l’un/un aspirant pilote dans l’autre et dans les deux cas, la spirale infernale dans laquelle s’enferme un (anti)-héros qui cherche par tous les moyens à  contrôler les choses alors qu’autour de lui, tout va de mal en pis…

En y réfléchissant, je réalise que ces deux films se terminent par une sorte d’épilogue amer où les deux personnages principaux, profondément changés et marqués par ce qu’ils ont traversé, terminent « maudits ». Dans UN HOMME IDEAL, le personnage de Pierre Niney est parvenu enfin à écrire un roman mais censé être aux morts aux yeux de tous, il ne peut jouir de ce succès, n’y rejoindre la femme dont il est éperdument amoureux… Quant à Tony incarné par François Civil dans BURN OUT, il a certes sauvé et reconquis la femme qu’il aime mais à quel prix. Son ambition de devenir pilote professionnel est révolue. En outre, profondément atteint par ce qu’il a traversé, il est devenu accroc à la vitesse et au danger, réalisant des chevauchées nocturnes à tombeau ouvert, aux commandes de sa bécane, au péril de sa vie… Dans les deux cas, la fin ambivalente présente deux (anti)-héros devenus deux âmes perdues… Inconsciemment, je dois être attiré par ce type de personnages « maudits » malmenés par le destin. J’imagine que cela a avoir avec l’idée de fatalité que l’on retrouve dans les romans et films noirs que j’ai aimés adolescent et qui ont dû me marquer.

 

J’ai le sentiment que l”angoisse est palpable dans les films que j’ai réalisés.

 

En regardant Burn Out, quelques films nous viennent en tête : Victoria de Sebastian Schipper pour ce côté noctambule en chute libre ou encore Baby Driver de Edgar Wright pour ce rapport fascinant entre le visuel et le sonore. Où puisez-vous votre inspiration ?

Les deux films que vous citez sont deux œuvres brillantes que j’ai beaucoup appréciées quand je les ai découvertes en salle.

Pour BURN OUT, je crois avoir été plutôt influencé par certains séries B hollywoodiennes des années 50 et 60 pour leur sècheresse de style, leur efficacité narrative et leur sens de l’ellipse. C’est  le côté « pulp » et « hard boiled » que je voulais transmettre au film. Enfin concernant l’aspect visuel du long métrage et plus particulièrement le parti-pris de  « subjectivité » créé par l’utilisation de caméras embarquées pour le filmage des scènes de moto, j’ai été très influencé par un film documentaire de 1975, LE CHEVAL DE FER réalisé par Pierre-William Glenn.

Avec quels acteurs(trices) rêveriez de tourner ? Pourquoi ce choix ?

Il y en a tellement, si je devais les citer, la liste serait trop longue ! Par exemple, chez les comédiennes, j’adore Diane Kruger, Amy Adams ou bien encore Marine Vacht qui me rappelle, par sa beauté hypnotique et son magnétisme mystérieux, Nastassja Kinski. Il y a également une comédienne britannique dont je suis très fan, c’est Gemma Aterton. Brillante actrice au jeu très subtil, et ultra-sensible, elle crève littéralement l’écran dans chacune de ses compositions.

Sinon (et c’est un rêve inaccessible !),  je voue une admiration sans borne depuis mon adolescence à Jack Nicholson. Acteur prodigieux qu’on ne présente plus, qui a joué notamment dans deux immenses films qui me sont chers : CHINATOWN et VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU.

Si vous deviez définir votre univers en un mot, lequel serait-il ?

Je ne suis pas journaliste, c’est difficile pour moi de faire une auto-analyse de mon travail. Et encore moins d’affirmer si oui ou non, j’ai un univers, cela serait un peu présomptueux de ma part. Mais puisque vous me demandez de trouver un mot, et pour faire simple, je dirai : l’angoisse. J’ai le sentiment qu’elle est palpable dans les films que j’ai réalisés.

Burn Out : Bande Annonce

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