Interview : Justine Vuylsteker et la passion créatrice du cinéma d’animation

interview-justine-vuylsteker-1

Rencontre avec Justine Vuylsteker, jeune et talentueuse cinéaste d’animation. En seulement quelques mots, l’artiste nous emporte dans son univers poétique et sensoriel. Interview exclusive !

 

Souvent je me dis que l’animation doit probablement être au cinéma ce que la poésie est à la littérature.

 

Bonjour Justine. Pour ceux et celles qui n’ont pas encore la chance de vous connaître, pourriez-vous nous en dire un peu plus sur vous ?

Bien entendu : je suis une cinéaste et plasticienne, qui porte un intérêt prononcé aux questions de la lumière, des sensations et des matières. Je suis née dans le Nord, vit actuellement près de Lille  et ai fait mes études à Roubaix -à l’Esaat, où j’ai obtenu un DMA option cinémation d’animation en 2014. J’ai tendance à penser que si je travaille si souvent en noir et banc, c’est d’avoir eu depuis toujours, devant les yeux, ces paysages nordistes aux incroyables nuances de gris.

Qu’est-ce qui vous fascine dans le cinéma d’animation ?

Possiblement  la manière dont le cinéma d’animation permet de jouer avec, et sculpter le temps. Contrairement au cinéma live, notre unité de travail n’est pas le plan, mais l’image; ce qui décuple notre champ de possibilités et d’exploration ! Et puis, nous le fabriquons, le temps. Nous ne le capturons pas en train de se dérouler sous nos yeux, mais nous le fabriquons. Et de la somme des efforts fournis pour la réalisation de chaque image, des heures investies pour obtenir une seconde, il me semble qu’ une densité toute particulaire habite les mouvements nés de l’animation. Souvent je me dis que l’animation doit probablement être au cinéma ce que la poésie est à la littérature.

Papier, sable et végétaux (Paris) ou encore écran d’épingles (Étreintes), vous utilisez pour la réalisation de vos courts métrages, de nombreuses techniques cinématographiques. Êtes-vous dans une constante recherche de création ?

Oh, je crois qu’il serait assez dangereux pour n’importe quel artiste de répondre non à cette question. Ce que j’aime dans l’exploration de ces différentes techniques, c’est que chacune d’elle induit un processus de travail unique. C’est extrêmement stimulant de se questionner sur comment écrire pour telle ou telle matière, puis inventer et construire un processus qui l’épouse parfaitement. Pour exemple : l’écran d’épingles est un outil qui suggère l’improvisation, il m’était donc important d’intégrer cette composante dès l’écriture, en mettant en place une structure qui allie solidité et souplesse. C’est ce qui m’a dirigé vers la fabrication d’un seul et long dessin, contenant tous les gestes, décors et motifs du film; plutôt que vers un story-board ou une animatique qui auraient trop fortement découpé et décidé du film avant même que l’écran n’ait pu suggérer quoique ce soit.

 

etreintes-court-metrage-justine-vuylsteker
Étreintes  (2018)

Il y a une dimension à la fois très poétique et sensorielle dans vos réalisations, notamment dans les films Fish don’t need sex et Étreintes. Quelle place occupe l’esthétisme dans votre travail ?

Centrale, dans le sens où mon esthétisme est très fortement lié aux matières que j’emploie, et qui sont le cœur véritable de mon travail. Ce sont avant tout elles, qui sont sensorielles et poétiques. Moi je leurs dédie mes mains et mon énergie, pour qu’elles puissent s’exprimer en mouvement. Mon grand fantasme serait de réussir à complètement disparaître derrière elles, pour les laisser parler sans parasitage de ma part. Parce que je crois qu’une matière qui s’exprime dans son plein langage, ne peut être autre chose que belle. Réjouissante, et émouvante.

 

Mon esthétisme est très fortement lié aux matières que j’emploie, et qui sont le cœur véritable de mon travail.

 

En plus de votre pratique de cinéaste, vous rédiger ponctuellement sur le web des essais sur l’animation. L’écriture est-elle une seconde passion ?

Oui c’est vrai que les mots ne sont jamais trop loin de moi. Ils sont ma manière de réfléchir et de construire, plus que ce que me permet le dessin. Qui serait plutôt la cristallisation de ma pensée, mais pas la pensée en mouvement. Écrire, c’est aussi une manière de rendre pérenne les interrogations et cheminements d’idées qui autrement se dissiperaient, et surtout de pouvoir les partager à d’autres. Mais ces passages à l’écriture sont malheureusement encore bien trop rare à mon gout … d’avantages de régularité serait fort nécessaire pour véritablement établir une pensée solide !

Quels sont vos projets en tant que réalisatrice ?

Continuer, toujours sur le format du court-métrage. Je suis de retour en développement; au côté de Rafael Andrea Soatto, le producteur qui m’avait accompagné sur « Étreintes ». Les directions possibles sont encore nombreuses, mais je pense pouvoir dire que ce projet marquera un retour vers le papier, et qu’après m’être confrontée à un personnage féminin, c’est cette fois-ci une intériorité masculine que je veux explorer et mettre en forme.

Si vous deviez définir votre univers en un mot, lequel serait-il ?

Je vais emprunter à l’italien, pour tenir en un seul mot : Innamoramento

Laisser un commentaire