Interview Nicklas Schmidt : Une mélodie mélancolique

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Pour la sortie au cinéma du biopic poétique, Astrid, de Pernille Fischer Christensen, nous sommes allés à la rencontre de Nicklas Schmidt, le compositeur de l’enivrante bande-son du film. Rencontre avec un artiste à l’univers mélancolique.

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J’ai réalisé qu’écrire pour le cinéma était quelque chose que j’aurais beaucoup de mal à lâcher de nouveau.

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Bonjour Nicklas. Mercredi 8 mai  est sorti en salles Astrid, un drame historique réalisé par Pernille Fischer Christensen et dont vous êtes le compositeur. Il s’agit d’un biopic dédié à cette auteure libre et déterminée. Qu’est-ce qui vous a inspiré dans ce film hommage ?

Je crois que Astrid Lindgren est une auteure d’une importance capitale pour tous les enfants des pays nordiques. Je ne fais pas exception, car elle l’initiatrice de ma boussole morale et la voix des enfants que vous entendez dans le film fait largement écho à cela. J’ai grandi avec ses histoires et ils vivent en moi, ainsi que dans la plupart des gens que je connais ici. Devenir l’arrière-plan musical de l’histoire de sa vie était pour moi un grand honneur et une inspiration en soi.

Comment est né ce projet avec Pernille Fischer Christensen?

Je suis arrivé après la fin du film et avec peu de temps à perdre avant la fin du mixage. Pernille et moi avons commencé par essayer de résoudre cinq ou six scènes où la musique devait jouer un rôle clé. Une fois ceux-ci en place, je pouvais façonner le bande-sonore à partir de cet élément de base. Pernille avait travaillé sur le projet depuis plusieurs années avec le scénariste Kim Fupz Aakeson, elle avait donc une vision très claire, un concept et beaucoup d’amour pour tous les éléments de l’univers cinématographique d’Astrid. Ce film était notre première collaboration, alors naturellement, nous avions aussi besoin d’un peu de temps pour commencer à se trouver artistiquement.

Il s’agit d’une bande-son à la fois délicate, dynamique et mélancolique. Avez-vous composé la musique librement ou avez-vous accompagné les images ?

Quelles que soient les émotions et les ambiances que vous recevez à travers cette musique, elles proviennent toutes d’Astrid, le personnage principal. Elle est l’épicentre de tout cela et présente dans toutes les scènes du film. La musique existe toujours grâce à elle. Donc, créer quelque chose librement n’aurait aucun sens ici. Mon travail consistait soit à renforcer les sentiments déjà établis dans une scène par les acteurs, le son, la lumière, la cinématographie…, soit à combler les lacunes de la vie intérieure d’Astrid et que nous ne comprenons pas directement à partir de ce que nous voyons. Par exemple, installer de l’espoir ou associer deux scènes apparemment sans lien l’une avec l’autre, en continuant la musique tout au long du montage.

Quel(s) message(s) souhaitez-vous transmettre à travers cette bande-son ?

J’espère que le public aura le sens de la résilience et de la confiance en l’humanité. Qu’il y ait de l’espoir et de la lumière de l’autre côté de la lutte à laquelle nous pourrions faire face. Comme le dit si bien Stravinsky, la musique a toutefois un « foutu » problème : elle n’est pas capable d’exprimer autre chose que soi-même. En d’autres termes, les messages qui parviendront à l’auditeur ou au cinéphile seront toujours spécifiques à chacun. Mais écouter la partition sans le film et profiter d’Astrid au cinéma, devront naturellement être deux expériences radicalement différentes.

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Quelles que soient les émotions et les ambiances que vous recevez à travers cette musique, elles proviennent toutes d’Astrid.

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Quand avez-vous décidé de composer pour le cinéma?

Très tôt dans mon développement en tant que compositeur classique, j’ai eu la possibilité d’écrire pour le cinéma sous diverses formes. Tout a commencé avec un court métrage danois en 2000, alors que j’étudiais encore la composition à Saint-Pétersbourg et de là, les projets ont lentement pris de l’ampleur et du prestige. Quand j’ai essayé, en 2011, d’enregistrer une grande partition orchestrale pour le long métrage d’animation « L’ours Montagne » avec notre Symphonie nationale danoise Orchestre, j’ai réalisé qu’écrire pour le cinéma était quelque chose que j’aurais beaucoup de mal à lâcher de nouveau.

Quelles ont été vos inspirations pour composer la musique de ce film?

La partition s’articule autour d’un tout, comprenant un grand ensemble à cordes orchestral, un quatuor à cordes, un piano, une harpe et des doses d’orgue d’église soigneusement choisies. Une grande partie de l’inspiration pour les thèmes m’est venue au piano, essayant d’incarner les luttes et les sentiments de la jeune Astrid. Vous pourrez remarquer qu’une grande partie de la musique est basée sur une série de quatre accords, les motifs changeant de manière transparente. « Storytelling in Bed » a été le premier morceau composé et a inspiré de nombreux autres éléments. Si on compare avec certaines de mes autres bandes sonores, « Astrid » pourrait être décrite comme un genre un peu plus minimaliste. Aussi en raison de l’instrumentation plus restreinte.

Quels sont vos projets futurs?

Je suis actuellement engagé dans un drame/documentaire sur la vie du roi danois Frederik IX et, à côté de cela, j’ai également une grosse commande pour un nouveau double concerto pour violon, violoncelle et orchestre, qui sera créé en Norvège, à l’automne 2020.

Si vous deviez définir votre univers en un mot, lequel serait-il?

Mélancolie.

 

Découvrez la bande-son du long-métrage Astrid