Interview Peter Auer-Grumbach : un étudiant sur la Croisette

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Jours après jours, de jeunes talents fleurissent derrière la caméra. C’est le cas de Peter Auer-Grumbach, étudiant d’Arts du spectacle et audiovisuels à l’Université de Lorraine. Nous sommes allés à la rencontre de ce jeune artiste, qui s’apprête à défier la  71ème édition du Festival de Cannes, avec son brillant court-métrage « 80 m² ».

On ne savait pas trop où cette aventure allait nous amener.

 

Bonjour Peter. Votre première réalisation « 80 m² » est née de votre propre expérience. Comment avez-vous monté ce projet, aussi personnel qu’universel ?

A la base je voulais faire quelque chose de très simple. J’avais l’idée de faire un film sur un seul personnage et sans dialogues. C’était important que le sujet – celui de la solitude de l’homme moderne – serait compréhensible dans le monde entier. Malgré les différences culturelles et linguistiques le sujet trouve des parallèles partout. Puis, j’ai fait une première version du scénario en 2012 et je l’ai retravaillé en 2016 en l’adaptant à la ville de Metz. J’ai commencé la production en septembre 2016. Dans quelque temps j’ai trouvé mon équipe de professionnels et d’étudiants. Enfin, j’ai financé le projet grâce à un financement participatif et des subventions et on a tourné en février 2017.

En février 2018, votre court-métrage a été accepté au Short Film Corner au Festival de Cannes. Vous attendiez-vous a une telle gratitude ?

Disons que pendant la production, c’était un but. Dans notre cas, on ne savait pas trop où cette aventure allait nous amener. Dans la ville de Metz la production n’était pas très facile et pour certains gens de l’équipe, c’était la première expérience sur un plateau de tournage. Donc, je suis très content que l’engagement de chacun ait payé enfin.

Les nouvelles technologies dominent très largement notre société actuelle. Quel message souhaitiez-vous faire passer à travers ce film ? Est-ce pour vous une façon de tirer la sonnette d’alarme ?

Dans ce film la réflexion sur les nouvelles technologies est exprimée « entre les lignes ». Ce qui domine dans l’action de 80 m2, c’est l’attraction de la jeune femme et la fuite du personnage principal dans un monde imaginaire. Le propos du film a même l’air un peu archaïque parce que X, le personnage principal, ne se sert pas forcément des dernières inventions technologiques. Il filme encore avec un caméscope et consomme beaucoup à travers la télé au lieu du smartphone. Puis, on voit aussi le phénomène d’une distance entre les gens dans la rue. Étant toujours distrait de son smartphone, on ne perçoit plus le quotidien de la même façon. Donc ce qu’exprime le film, c’est qu’on s’éloigne de plus en plus. Si on ne cherche plus le contact aux autres, on est condamné à rester chez soi et on perd le fil dans la société.

 

Ce qu’exprime le film, c’est qu’on s’éloigne de plus en plus.

 

Quel réalisateur vous fascine-t-il le plus ? Pourquoi ce choix ?

C’est très difficile de dire. Il y a plusieurs réalisateurs qui me fascinent et dont j’ai appris. Pour en citer mes préférés : Fellini, Haneke, Bresson. Fellini a une légèreté mais exprime quand-même une critique profonde dans ses films. Haneke est le maître de l’insensibilité humaine. Ses films sont sans pitié mais montrent une grande maîtrise de la mise en scène. Bresson essaie d’exprimer des sentiments à travers le langage filmique. En plus, il y a une réduction des moyens ce qui montre toute la précision de sa mise en scène.

Si vous pouviez faire un saut de dix ans dans le futur, comment imagineriez-vous votre carrière professionnelle ?   

J’aimerais continuer à faire des projets divers, des court métrages de fictions mais aussi documentaires. Parallèlement, j’aimerais m’engager dans la pédagogie du cinéma : Motiver les gens, leur faire comprendre ce que c’est le cinéma et pourquoi aller au cinéma au lieu de rester chez soi.

 

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Peter Auer-Grumbach derrière la caméra.