Retour vers le passé #1 : « Poulet au vinaigre »

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Lier l’actualité à la critique de film, voici la nouvelle mission lancée par L A R S & R U B Y. Pour marquer le coup d’envoi de cette rubrique, on a décidé de s’intéresser à un monument du cinéma : la célèbre série des Police Academy.

Au regard du contexte actuel, à savoir une recrudescence de mouvements sociaux et une répression sans failles de ceux-ci, il était judicieux de se pencher sur les rapports entre le cinéma et les forces de l’ordre, en un diptyque de critiques de films. Pour cela, on aurait pu choisir le chef-d’œuvre qu’est Police de Maurice Pialat ou encore Le cercle rouge de Jean-Pierre Melville. Mais non. Il semblait plus cohérent de prendre des succès populaires, car qui dit « succès populaires », dit adhésion du public, et c’est bien celui-ci le plus pertinent. C’est donc tout naturellement que nous avons choisi d’ancrer Police Academy, dans l’actualité.

Les années 80 voient, aussi bien aux USA que chez nous, une vague de films visant à désacraliser des institutions telles que l’Armée, la Police, l’Éducation Nationale, etc. Vient Police Academy de Hugh Wilson et son bataillon de “loosers”, de souffre-douleurs et autres profils étant dès le départ voués à être en marge d’une société, faisant la course à la réussite professionnelle et sociale. Une bègue, un obèse, un nerd, un « voyou » . Autant de personnalités condamnées dès le départ à la mise au ban et dont le refuge sera une académie de police afin de pouvoir leur permettre une intégration certaine dans la société Américaine des 80’s.

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Serions-nous, contre toute attente, face à une célébration du conformisme ? C’est difficile à croire, d’autant plus que nos “underdogs” même si fréquemment ridiculisés semblent bel et bien être le versant de la société vers lequel le réalisateur dirige l’empathie et la sympathie du spectateur. Une question se pose alors : le réalisateur (et les scénaristes) célèbrent-t-ils l’anticonformisme et la marginalité – une démarche que même les seconds et troisièmes opus semblent confirmer en intégrant un personnage de voyou, Z, aperçu dans le deuxième opus et qui deviendra lui-même policier dans le troisième, en les plaçant dans un environnement auquel il est impensable de les intégrer, afin de les voir secouer et changer les codes et normes de l’époque avec force jubilation et recours à la catharsis ? Ou bien s’agit-il de critiquer l’institution (et donc quelque part, le système avec un grand S) via les individus qui la composent et de proclamer que la perte de valeurs morales des années 80 est un phénomène dont les individus partagent tous la responsabilité, puisque c’est bien eux qui composent le Système, établissent ses règles, les font appliquer et les suivent ?

Et bien figurez-vous que la plus grande qualité de ce film est également sa grande faiblesse : à savoir qu’il ne répondra jamais totalement à cette question. Mieux encore, et c’est sans doute là que Police Academy se révèle presque extraordinaire, il n’a sans doute jamais été prévu pour cela. Le film et sa trame (anorexique) servent surtout de prétexte pour jeter au spectateur de la grand guignolade et des blagues en dessous de la ceinture. Blagues qui se suivent assez facilement, il faut l’avouer, mais peuvent paraître bien fades face à la satire policière à la française, que représente le film de Claude Zidi : Les Ripoux.

Il ne nous reste plus qu’à sourire devant cette bande, en uniformes de policier, qui sème le chaos dans la ville. Et ça, quand on y pense, c’est un peu le début du bonheur…

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Critique écrite par Félicien Hachebé

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