Retour vers le passé #2 : « Poulet au vitriol »

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Désormais, le mercredi est synonyme de retour vers le passé. On continue donc notre rétrospective sur les rapports entre le cinéma et les forces de l’ordre, avec un nouveau grand classique des années 80 : la cultissime comédie Les Ripoux de Claude Zidi.

Le canevas est somme toute assez classique: un jeune débutant est aidé par un vieux de la vieille dans sa découverte d’un nouvel environnement (ici le jeune débutant est un policier provincial interprété par un Thierry Lhermitte, poupin bien éloigné de l’éphèbe privatique qu’il interprétait dans Les Bronzés. Nouvellement Parisien, il est naturellement sans le sous et mis sous tutelle d’un policier expérimenté et respecté de ses pairs, incarné par Philippe Noiret, plus roublard qu’un Thomas Thévenoud face à un contrôle fiscal).

Ce canevas, Zidi va se faire un malin plaisir à la faire sauter avec cohérence et ironie grinçante : le mentor attribué au jeune débutant s’avère être, non pas une autre figure intègre moralement et professionnellement, mais un policier ripoux frayant avec le milieu des magouilleurs avec une aisance insolente : lui-même racketteur, parieur, vivant en concubinage avec une prostituée, relâchant les suspects par paresse (ou parce qu’il a trop bien compris le système pénal français), n’hésitant pas à droguer son supérieur à son insu pour satisfaire ses objectifs personnels. Et pourtant… Ce policier ripoux qu’est René Boiron n’est que la création d’un système judiciaire en panne : le commissariat est délabré, les prisons sont pleines, son supérieur débordé et n’a absolument aucune idée de ce qui se passe sur le terrain. Bref, ici contrairement à Police Academy, le système façonne l’individu et non le contraire. Les vices de Boiron ne sont possibles que parce que le système lui-même est vicié, et le personnage de Noiret ne fait donc que reproduire à son échelle ce qu’il voit déjà s’effectuer dans les plus hautes sphères sociales en toute impunité.

Là où le film fonctionne c’est qu’il se sert de l’ironie pour désamorcer un constat alarmant en dynamitant un récit classique de transmission de savoirs et d’ascension sociale. Et même si un résidu de manichéisme subsiste encore par endroits (un recul que l’on pourra regretter) le film se permet une audace très commune pour l’époque, mais qui n’a malheureusement pas (ou peu) été revue depuis.

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Critique écrite par Félicien Hachebé

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