Retour vers le passé #3 : « Vampire, vous avez dit vampire ? II »

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On continue notre voyage à travers le temps avec une nouvelle critique qui vous (re)plongera dans le passé. Retour sur l’incontournable film horrifique des années 80, Vampire, vous avez dit vampire ? II de Tommy Lee Wallace.

Waiting for the sun

Alors que le CNC vient d’annoncer l’ouverture d’un fond à la production du cinéma de genre, penchons nous sur l’un de ses représentants encore trop méconnu : Vampire, Vous avez dit Vampire ? (1985) de Todd Holland. Charlie Brewster est un adolescent sans histoire. Il partage sa vie entre sa mère, sa petite amie, ses copains et ses séries préférées à la télévision, sur les films d’horreur de série B. Tout va être bouleversé lorsqu’il va découvrir que son nouveau et séduisant voisin est un monsieur qui a les dents longues.

Vampire, vous avez dit Vampire II ? (1988)

Quelques années après ses dernières mésaventures en matière de vampires et après une thérapie intensive, Charley Brewster est intimement convaincu que ces gourmandes créatures ne sont que le fruit de son imagination. Sur le point de rendre visite à son ami Peter Vincent, star de l’épouvante télévisée et grand chasseur de vampires devant l’Éternel, Charley tombe nez à nez avec la splendide Régine aux dents bien longues… Il est important de se rappeler que le cinéma de genre est une catégorie très floue à la base. (On peut compter comme ses composantes la série B, la série Z mère de tous les nanars, et le cinéma d’exploit – pour les deux derniers c’est fou ce que la limite peut être floue). Si Joe Dante et Tom Holland constituent la partie fréquentable de la série B, quelque part dans les bas-fonds, on trouve Tommy Lee Wallace.

Tommy Lee Wallace est l’un de ses artisans du cinéma de genre qui fonce sans se préoccuper du reste, quitte à rater son film à cause de petits désagréments techniques tels qu’une mauvaise gestion de sa lumière, un matériel inadéquat aux conditions de tournages ou des acteurs sous-expérimentés. Tommy Lee Wallace, c’est l’un des scénaristes les plus glauques de la série B. C’est le mec qui expérimente encore et toujours plus l’utilisation des prothèses pour donner de mauvais effets qui forgent des traumatismes aux jeunes découvreurs du cinéma de frissons… Bref, Tommy Lee Wallace est le représentant du glissement du fantastique/horreur d’un public large à un public plus restreint toujours en quête de transgressions des règles qui constituent la fabrication d’un film qui sera reconnu à la fois par le public et la critique. Un jour viendra où les fanatiques de la VHS auront disparu et le nom de Wallace avec, tandis que Carpenter, Dante et consort auront encore droit à des rééditions de leurs films en Blu-ray collectors.

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Ici, le soldat inconnu de la série B signe la suite du film culte de Todd Holland (également réalisateur de  Jeux d’enfants , soit le 1er opus de la saga Chucky), et ainsi le 2ème opus de la saga Fright Night qui en comptera 4 au total. Suivez un peu !

Loin de simplement repomper ce qui faisait l’intérêt du 1er film (une photo typiquement 80’s, utilisation de la lumière magnifique donnant parfois lieu à des envolées lyriques -si on peut dire- et une bande son au synthé), Wallace signe le testament du film fantastique/horreur grand public, ou plutôt il pressent sa disparition. Permettez-nous de nous expliquer : à la fin des 80’s, le genre devient moribond notamment de par la production en séries de slashers cherchant à rentabiliser une mode sans plus se préoccuper de la qualité. On atteint un niveau de désuétude telle que les différents genres de l’époque se retrouvent prisonniers de leurs propres codes, sans jamais réussir de grande évasion. Tandis que son prédécesseur était principalement une pochade qui jouait avec les codes du film de vampires, cet opus, beaucoup plus sombre se concentre sur la disparition voire le pourrissement d’une époque. C’est sans doute cette nostalgie qui le pousse à remplir légèrement plus de gueules atypiques les seconds rôles (Brian Thompson et Jon Gries). C’est une nostalgie que nous retrouvons aussi au travers du personnage de Peter Vincent, déjà établi comme un hommage à Peter Cushing et Vincent Price, et qui ici voit disparaitre tout un pan de sa vie. On est moins dans l’ironie du premier mais plutôt dans une sorte de cynisme qui égratignera aussi (très gentiment cela-dit, faut pas rêver non plus) les psychiatres au passage.

Le film se permet également d’être plus proche du Dracula de Stoker, allant même jusqu’à remettre en tête aux plus étourdis d’entre nous, l’indisposition des vampires face aux roses. Indisposition déjà établie dans le Dracula de Bram Stoker. Une attention qui ne peut que nous toucher. Et c’est bien son ambiance qui sauve le film. Sur la seule base du scénario, le film aurait pu être raté de A à Z, surtout avec Wallace, mais ici le tâcheron que nous connaissons habituellement se remet un peu en selle et boucle un film qui au final est plutôt sympathique.

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Tout le casting cabotine mais c’en est presque délicieux de les voir autant impliqués. La musique n’est pas remplie de synthés qui pourraient passer pour anachroniques aux oreilles d’un spectateur de maintenant, ce qui peut être un soulagement pour qui y est allergique. Enfin le dernier point : Julie Carmen. Apparaissant six avant L’Antre de la folie de John Carpenter, sa prestation ne peut que nous renvoyer le fait que le « charisme » de Chris Sarandon dans le film précédent était forcé et inefficace. Avec une telle présence à l’écran et une aura aussi érotique, elle incarne à merveille la menace vampire telle qu’établie dans les canons du genre.

Donc si le film n’est pas forcément à regarder à la suite de son prédécesseur, ça reste une œuvre intéressante dans le contexte de la filmographie de Wallace et tend même à la réhabiliter un peu (à l’instar d’un visionnage de Halloween 3 sans avoir les deux premiers opus comme comparaison).

Critique écrite par Félicien Hachebé

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