Retour vers le passé #4 : “Superman II, The Richard Donner Cut”

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Alors que la scène géopolitique internationale ne cesse de devenir plus palpitante encore que n’importe quel film de cinéma, penchons-nous sur l’évènement majeur de cette semaine si vous le voulez-bien. Et oui, vous l’avez déjà compris notre critique sera orientée par… le décès de Margot Kidder.

Richard, donneur de divertissement depuis 1979

Margot Kidder restera éternellement la scream queen pour l’un des tout premiers slashers de l’histoire, à savoir Black Christmas du sous-estimé Bob Clark, ou encore la mère courage dans Amityville, la maison du diable de Stuart Rosenberg, ou tout simplement une jeune femme hypothétiquement atteint d’un trouble dissociatif de l’identité dans Sœurs de sang de Brian de Palma. Inutile de se le cacher : Margot Kidder n’aura eu cesse de hanter une certaine frange du cinéma que les bisseux (amateur de cinéma bis) et autre amateurs de films de genre connaissent par cœur. Chose qui n’a pas échappé à Rob Zombie qui l’engagera dans son Halloween 2. Une jolie manière de boucler la boucle pour l’actrice qui joue ici un de ses derniers rôles dans un film notable.

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Mais l’actrice restera également dans le souvenir de beaucoup de spectateurs, l’ultime Loïs Lane, aux côtés de Christopher Reeves dans les quatre films de la saga initiée par Richard Donner, en 1978. Chose qui n’aura également pas échappée aux producteurs de Smallville, qui se feront une joie de réunir le couple phare dans la série préquelle aux aventures de Superman. Alors ensemble, revenons sur l’épisode maudit de la saga. Le seul ayant le potentiel pour rejoindre l’excellence du premier opus, sans que le destin lui en laisse l’opportunité. Penchons-nous donc sur Superman II dans la version remaniée par Richard Donner, vingt-cinq après sa sortie en salles.

À l’origine Richard Donner avait conçu Superman II comme une suite directe à son premier opus, et dont il avait même déjà tourné à peu près 60% du film en même temps que le précédent. Mais suite à des mésententes avec Alexander et Ilya Salkind, producteurs un peu trop tatillons, il fût remercié par un licenciement en bonne et due forme. Ce qui entraina l’embauche d’un nouveau réalisateur (Richard Lester, réalisateur complice des Beatles avec notamment Quatre garçons dans le vent (V.O. : A Hard Day’s Night) et Au secours (V.O. :  Help) qui, très déçu par la réalisation de Donner sur le film précédent, décide de retourner la majorité du matériau de base en se débarrassant du directeur de la photo précédent et remplissant le film de plans statiques pour « respecter l’origine comics de Superman ». (Est-il besoin de préciser que Lester, en bon Britannique n’a absolument aucune culture comics à la base et ne connait pas Superman avant d’être engagé sur le premier film – travail qui ne sera d’ailleurs jamais crédité-?). À cela, on peut rajouter le départ avec pertes et fracas de Marlon Brando, qui en profitera pour intenter un procès à la production, réclamer et obtenir une confortable somme d’argent ainsi que des parts sur les bénéfices du film sans même jouer dedans, ainsi que le remplacement de son personnage par celui de la mère de Superman, Kara-El.

Si la critique de la version de 1980 par Richard Lester est déjà disponible à divers endroits, il n’est pas superflu de revenir sur ses principaux défauts, à savoir un montage affligeant avec la participation de quelques stock shots assez voyants et un rythme aussi entrainant que le second mouvement de la 7ème symphonie du bon vieux Ludwig ; une interprétation approximative due à une direction d’acteurs tout simplement nulle ; une bande son médiocre délivrée par Ken Thorne (endossant le rôle de John Williams du pauvre, ce dernier atterré par le résultat de Lester prétextera d’ailleurs un engagement sur L’Empire contre-attaque pour ne pas avoir à associer son nom au film) et nous passeront sur les ellipses scénaristiques mal venues car tirer sur une ambulance qui a déjà un joint de culasse en mauvais état est loin de l’esprit fair-play que nous affectionnons tant.

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Bon, qu’en est-il en 2006 dans ce nouveau montage ? Et bien ça va très vite : fini l’introduction maladroite à base d’attentat terroriste sur la Tour Eiffel, qui rend le visionnage moins douloureux dans une France  post-2015 (même si on regrettera l’absence de Richard Griffiths avant de se rappeler qu’au vu de sa participation au dernier volet des Y’a t-il un flic et à la saga Harry Potter, celui-ci a largement eu son heure de gloire). Exit également l’humour burlesque que même les Charlots n’auraient osé inclure dans les scènes coupées de leurs péripéties cinématographiques sur galette DVD. On a même droit au retour des scènes de Marlon Brando (qui avait donc emporté avec lui l’autorisation d’utiliser son image dans la bouffonnerie qu’allait devenir la version ciné de Superman 2. J’en vois deux au fond qui ronfle. On se réveille ! ) et une jolie tirade sur la phrase symbolique du premier volet Le père deviendra le fils et le fils deviendra le père, qui prend ici tout son sens. La musique de Ken Thorne passe au deuxième plan, en tant que musique additionnelle, tandis que la musique de Williams vient reprendre ses droits (et on sent vraiment la différence). Même le personnage de Loïs interprété par Margot Kidder prend ici du galon puisqu’elle a enfin droit à quelques piques bien senties (comme au bon vieux temps du premier volet) et sa première apparition à l’écran nous rassure assez vite sur la qualité du métrage en court. Richard (Donner of course) is not a dick ! Même l’insupportable ellipse durant laquelle Kal-El retrouve ses pouvoirs est enfin dévoilée (et donne lieu à une des meilleures scènes de la saga).

Soyons objectifs mes tout bons, le film souffre quand même de quelques ficelles scénaristiques non exploitées, notamment le fait que Kal-El veuille vivre comme un simple humain et rejette le fardeau d’être un super-héros (et on devine que c’est dû au licenciement de Donner tant les scènes qu’il nous a retrouvé semble ESSAYER d’explorer cet aspect). On dénote quelques faux raccords ici et là (mais rien de dramatique en regard de la version ciné, qui est elle-même un faux raccord de 2h). Et même si l’humour potache et lourd de Lester s’est fait la malle, on retrouve celui de Donner (quand même plus subtil sur le coup), mais le métrage parait quand même austère en lui même. Pour rééquilibrer, vu qu’on est à l’heure du blu-ray les effets spéciaux ont été amélioré pour le plaisir des yeux.

Cette mouture de Superman II est une belle réhabilitation de ce film et une leçon de montage à savoir comment, avec le même matériau de base, on peut tout à la fois faire un film médiocre et bas du front et en même temps un divertissement efficace et sympathique (quitte à réutiliser des essais caméras pour compléter ce que l’on a.)

Ah oui, un dernier mot. On pourra noter un caméo de Jean-Pierre Cassel qui était un habitué des films de Lester. (Rappelons pour les plus étourdis que le monsieur, jusqu’il y’a encore dix ans, en plus d’être un acteur formidable avait tellement la classe qu’il pouvait assumer le fait d’être à la fois le papa du très bon acteur Vincent Cassel, de l’excellent rappeur Rockin’ Squat ainsi que le beau père de la toujours très glamour Monica Bellucci, et tout ça sans trembler du genou si vous le voulez bien!

Un mot comme en cent, cette version reste très inégale mais tout de même supérieure à la version de Richard Lester. Les personnages sont mieux exploités, notamment celui de Margot Kidder qui passe de quasi-figurante dans la version initiale, à personnage secondaire et se permet même d’être un moteur du scénario. Préférez cette version à la version ciné qui est à fuir pour tout amateur normalement constitué du premier volet. Elle est disponible en DVD et en Bluray. Donc comme dirait l’autre : « Good night and good luck ! ».

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Critique écrite par Félicien Hachebé

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