Ron Howard ou l’art dégénéré

Solo : A Star Wars Story va entamer sa cinquième semaine d’exploitation. Faisons le point sur les origines d’un échec qu’on aurait tous dû voir venir.

Les lois du marketing sont impénétrables, ça nous le savons. Et pourtant confier la licence Star Wars, soit la licence ayant donné naissance au merchandising, à Kathleen Kennedy relevait de l’idée de génie sur le papier. Rappelons pour les plus jeunes et étourdis d’entre nous, que Kathleen Kennedy est une productrice de films conçus pour vendre du jouet. Nous invitons toute personne sceptique à se pencher sur ses collaborations avec Steven Spielberg et plus généralement Universal, pour se rendre compte que cette productrice n’est peut-être ni plus ni moins qu’une marchande de jouets.

Nommée depuis 2012 présidente de Lucasfilms, Kennedy devient l’équivalent de Kevin Feige, bien que possédant la gestion de moins de franchises, celles-ci s’avèrent bien plus impactantes au niveau de la culture pop. Star Wars et Indiana Jones seront encore évoqués avec nostalgie tandis que la génération geek s’éteindra avec ses rituels capillaires d’un autre âge et son admiration, pour le moins étrange, pour des adaptations live de comics dont l’impact ne dépassera pas les trois ans.

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Solo : A Star Wars Story (2018)

Et comme toute femme boxant seule dans sa catégorie, Kennedy est prête à gravir des sommets encore jamais franchis auparavant, à savoir, prendre des décisions pires que celles de Kevin Feige.

Passé toute innocence et considérations artistiques, il apparaît logique que des financiers (nous ne parlerons pas de producteurs, afin de ne pas faire l’affront de mélanger torchons et serviettes) acceptent d’investir dans un blockbuster, ils veulent un retour sur investissement. Et comment s’assurer de cela ? Et bien on se paie un chef de chantier qui dira oui à tout ce que lui demandent ces commanditaires et qui aura à cœur de n’avoir absolument aucune velléité artistique. Rappelons qu’on est là pour vendre des jouets et du pop-corn, pas un film qui sera acclamé par la critique.

A ce titre il est assez étonnant d’apprendre le premier choix au poste de réalisateur pour le film Solo soit le duo Phil Lord et Chris Miller. On peut quand même trouver sur le CV des deux bonhommes, la production de la 1ère saison de How I Met Your Mother (série culte si il en est et qui s’est même vu attribuer le gentil sobriquet de Friends des années 2000 »), ainsi que la réalisation des films Lego (qui ont littéralement relancé un cinéma d’animation un peu somnolent depuis le 2ème Shrek).

C’est alors que survient l’erreur majeure de Kathleen Kennedy : vouloir effacer son erreur précédente (soit l’embauche du duo Lord-Miller) pour le remplacer par Ron Howard. Ce nom ne vous dit rien ? C’est naturel, en 2018, personne en dehors de la mère du cinéaste, n’a de raison de retenir ce nom. Et pour cause : en trente ans de carrière d’acteur/réalisateur, Howard n’aura marqué le cinéma qu’en deux occasions. La 1ère sera pour « Splash », film douteux dans lequel Tom Hanks tombe amoureux de Daryl Hannah qui semble ignorer qu’elle joue dans un mauvais remake de « La petite sirène ».

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Da Vinci Code (2006)

La 2ème occasion sera l’adaptation du « Da Vinci Code ». Pourtant un best-seller, cet ouvrage de Dan Brown est la confirmation qu’un mauvais écrivain n’a guère d’autres solutions pour créer une sorte de suspense, que de créer des cliffhangers à chaque fin de chapitres. (On pourrait d’ailleurs faire un comparatif avec les fins de saisons de Game of Thrones mais il nous faudrait plus de temps et de désinfectant pour nous attaquer au fond du problème.)

Véritable leçon de production, le film Da Vinci Code  nous confirme que lorsque l’on doit mettre en scène un film aux grosses ficelles et programmé pour être un succès populaire, il reste un recours, un seul : Ron Howard. Et en plus, il ne coûte pas cher.

Alors certes on pourra nous reprocher de tirer sur l’ambulance. Mais tout de même, Ron Howard aura plutôt marqué la culture populaire via le petit écran, ne serait-ce que pour son rôle dans Happy Days (Même les fan enragés de George Lucas auront eu à cœur d’oublier sa performance dans American Graffiti, étant trop occupés à baver sur les brèves apparitions de Harrison Ford).

Comme nous n’avons pas le temps de nous replonger dans l’intégralité de la filmo de Ron Howard, essayons de détecter les candidats susceptibles de nous faire mentir et ainsi prouver que Ron Howard a marqué le cinéma. Au moins une fois.

Splash comme dit précédemment, est un remake de La petite sirène assez gênant pour tout spectateur qui se respecte. Willow est autant un film de George Lucas que Poltergeist est un Spielberg. Horizons lointains ne restera dans les mémoires que comme le film qui sera à l’origine du couple Tom Cruise/Nicole Kidman et enfin Apollo 13 doit sa réplique culte « Houston nous avons un problème » au véritable incident ayant inspiré au film, ce qui le met hors-compétition.

Restent donc les candidats sérieux Parenthood, Un homme d’exception et Cocoon. Entre nous, diriger un film intitulé Parenthood : portrait d’une famille modèle quand on est un réalisateur insipide et sans personnalité, c’est un peu comme flirter avec l’ex de son meilleur ami après trois verres : la preuve qu’on est pas très doué pour prendre de bonnes décisions. De toutes manières le film fera plutôt le bonheur du petit écran où deux déclinaisons sous forme de série télé seront diffusées durant les années 2000.

Un homme d’exception aurait pu marquer le cinéma de manière durable, ne serait-ce que pour son twist de milieu de film assez brutal, mais passer deux ans après Sixième sens lui a fait beaucoup de tort. Tentez de parler de ce film avec des gens croisés au hasard, peu nombreux sont ceux qui auront l’envie de prolonger la conversation avec vous, et sans doute à juste titre.

« Mais Cocoon alors ?! » s’écriera le lecteur en colère. Et bien c’est cette fois-ci avec une mauvaise foi revendiquée que nous nous refuserons à prendre le film en considération. Non pas parce qu’il serait trop mauvais pour être pris en compte, mais bien parce qu’il s’agit de l’unique bon film vraiment signé Ron Howard et peut-être l’un des plus beaux films de SF que le cinéma Américain nous ait donné.

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Cocoon (1985)

Donc à la question de savoir si nous sommes prêts à faire figurer Solo : A Star Wars Story aux côtés de Cocoon, la réponse est naturellement « non » car dans la filmo de Ron Howard, Cocoon est beau comme s’il était le film d’un autre.

Article écrit par Félicien Hachebé

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