Top 5 : Michel Audiard et les filles de noces

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Brillant dialoguiste français du 20e siècle, Michel Audiard est un artiste qui a marqué son époque. Trente-trois ans après sa disparition, nous mettons en lumière l’œuvre de cet homme sous un nouvel angle, sous un nouveau jour…

Le cinéma est la seule forme de filouterie qui n’implique pas de suites pénales…

Le moins que l’on puisse dire c’est que Michel Audiard s’y connaissait en filouterie. Le dialoguiste (et parfois scénariste quand la production pouvait s’offrir ce luxe) s’était d’abord illustré en tant que cycliste, période à laquelle il rencontrera André Pousse qui fera d’ailleurs partie de ses amis proches avant de devenir un de ses acteurs attitrés. Entamant une carrière journalistique, il lui arrivera de signer des articles en tant que correspondant à l’étranger alors que ses papiers sont en réalité écrits sur un coin de table d’un bistrot parisien.

Flemmard invétéré, voleur de répliques (Lino Ventura et Bernard Blier le lui reprocheront de manière régulière, amicalement, rassurez-vous), celui qui affectionnait tellement les périphrases que l’on finit par lui en attribuer une – à savoir « l’anarchiste de droite – était un grand nostalgique. Une nostalgie qui hantera plusieurs de ces films et s’exprimera souvent sous la forme du regret de la fermeture des maisons closes. Qui a dit « Nos meilleurs souvenirs ne nous quittent jamais ? ».

Pour rappel, tout commence avec la loi Marthe-Richard du 13 avril 1946 qui abolit le régime de la prostitution réglementée en France depuis 1804. Elle impose donc la fermeture des « maisons de tolérance ». Sa promulgation bénéficie d’un contexte un peu tendu : en effet il s’avère que la plupart des tenanciers ayant très à cœur de faire découvrir aux soldats allemands et américains qu’en France il n’y ait pas que le vin et le fromage qui vaille le coup d’œil, des soupçons d’anti-patriotisme (avérés) pèsent lourdement sur eux. Michel Audiard ayant toujours à cœur de « choquer le bourgeois » (et les témoignages d’André Pousse à ce sujet sont plutôt éloquents) et de pourfendre la connerie là où elle se trouve (et on l’en remercie), il n’hésitera pas à régulièrement glisser dans ses dialogues des références à la fermeture des maisons closes ou à la prostitution. Et comme cela est effectué avec une impertinence que l’on avait pas revue depuis Hôtel du Nord réalisé par Marcel Carné et écrit par le duo Jean Aurenche et Henri Jeanson revenons donc sur les apophtegmes du Petit Cycliste dans un contexte de « retape ».

5. Les Tontons flingueurs (1963) réalisé par Georges Lautner, écrit par Albert Simonin, dialogues de Michel Audiard

A-t-on vraiment encore besoin de présenter ce film ? Pour faire court, puisque l’on connait tous la petite histoire, il s’agit d’une adaptation parodique du roman de Simonin Grisbi or not grisbi, écrite par ses soins et dialoguée par Audiard, et qui signe ici leur cinquième collaboration. On peut y trouver des nervous breakdown, des éparpillements façon puzzle, des bourre-pifs, de la pomme et de la betterave, la retraite de Russie et des rêves en couleurs. Il y a tout cela oui, mais il ne faudrait pas oublier le mirage Africain et la télévision qui donnent bien du fil à retordre à Dominique Davray.

4. Un idiot à Paris (1967) réalisé par Serge Korber, écrit par Michel Audiard, Serge Korber et Jean Vermorel 

Après une nuit trop arrosée, un ouvrier agricole issu de l’Assistance Publique (ancien nom de l’ASE ou Aide Sociale à l’Enfance) se réveille le lendemain à Paris, seul et perdu. Heureusement pour lui, il rencontre un mandataire en viande, Monsieur Dessertine, lui aussi ancien de l’Assistance Publique, qui le prend sous sa protection… Un film étonnamment très tendre sous des airs bête et méchant, voire cynique.

Le film a au moins deux raisons de rester mémorable : pour son thème principal interprété par Jacques Brel (Les cœurs tendres), et pour le fait que Jean Lefèbvre obtient pour la première fois de sa carrière le rôle principal d’un film. Au contact de son personne d’idiot du village, les vrais caractères se révèlent : certaines prétendument bonnes âmes s’avèrent être ordurière, et celles que la morale nous amèneraient à considérer comme ordurières se révèlent parfois bienveillantes comme le personnage de La Fleur, prostituée ayant envie de se ranger des voitures ou au moins du trottoir, et qui sera la résolution du parcours de notre personnage.

Il est à noter pour l’anecdote, que le film est adapté d’un roman de René Fallet, qui aimait aller à l’encontre de la bienséance, adepte du cyclisme (finalement deux points communs avec Audiard), qu’il était un ami de Jean Carmet (un des seconds rôles réguliers des films écrits par Audiard) et qu’il a créé une alternative au Tour de France, dont chaque étape se ponctuait par une cuite et qu’Audiard et Carmet y ont participé.

3. Le cave se rebiffe (1961) réalisé par Gilles Grangier

Pour rembourser sa dette auprès de l’ancien proxénète Charles Lepicard (Blier), Eric Masson lui propose de monter une affaire de fausse monnaie. Le seul qui puisse mener à bien l’opération est Ferdinand Maréchal, dit Le Dabe (Gabin). Or ce dernier s’est retiré des affaires et élève des chevaux à Caracas. Le Dabe se montre d’abord réticent mais finit par accepter et revient à Paris après quinze ans d’absence.

Il s’agit de la deuxième adaptation parodique d’un roman de Simonin, réécrite par ses soins et dialoguée par Audiard ainsi que la deuxième collaboration entre les deux auteurs après Courte Tête réalisé par Norbert Carbonneau. On retrouve au casting des habitués de la constellation du Petit Cycliste : Jean Gabin, Bernard Blier, Maurice Biraud, Françoise Rosay et Robert Dalban. Le personnage de Bernard Blier, ancien proxénète et tenancier de maison close se lamente une énième fois sur la disparition des maisons de tolérance et des traditions qui se perdent. Entre ironie et nostalgie mal placée, on se surprend à se rappeler pourquoi on aime les dialogues d’Audiard.

2. Les barbouzes (1964) réalisé par Georges Lautner, écrit par Michel Audiard et Albert Simonin

Un célèbre trafiquant d’armes meurt dans une maison close. Il lègue à sa jeune veuve un château et une importante collection de brevets qui intéresse les services secrets de plusieurs pays. Ainsi quatre barbouzes sont envoyés pour récupérer les précieux documents. Bien sûr par « quatre barbouzes » il faut comprendre 3 espions à la soldes d’États probablement Communistes et un contre-espion français. Et bien sûr, deux des espions sont interprétés par Francis Blanche et Bernard Blier, tandis que le contre-espion n’est autre que Lino Ventura, dont on pourrait se plaire à croire que sa carrière de catcheur a inspiré la reconversion professionnelle de Dwayne « The Rock » Johnon. 

Huitième collaboration entre Audiard et Simonin qui décidément sont à deux doigts de nous persuader qu’ils sont en réalité frères siamois, ce film, qui est un peu dans la lignée des Tontons Flingueurs, réunit à la fois un casting similaire, le même réalisateur et la même équipe à l’écriture Ici, la maison close est le point de départ de l’intrigue du film et est l’occasion de voir la prostitution sous l’angle de la tradition, et cela, même en se remémorant très fort les discours les plus conservateurs de certaines personnalités politiques, et bien on ne l’avait vraiment pas vu venir.

1. Les Bons Vivants (1965) réalisé par Gilles Grangier et Georges Lautner, écrit par Albert Simonin, Michel Audiard, Albert Kantoff, Paul Reboux et Charles Muller.

Les bons vivants (renommé Un grand seigneur lors de sa réédition en DVD) est un film à sketches qui a connu des problèmes assez flou, lors de sa phase de production rendant l’enchainement de ses trois parties assez incohérentes et gâchant quelque peu la onzième collaboration que l’on ne citera plus avant d’obtenir la preuve ferme et définitive que les deux auteurs n’étaient pas PACSÉS.. Sous les différentes couches de la déception qu’apporte le film, il reste pour notre plus grand plaisir une trame semblant inspirée par certains aspects du Cave se rebiffe sorti quatre ans plus tôt.

Bien qu’étant notre grand gagnant, Les bon vivants est une œuvre bancale mais non teintée d’une certaine ironie dont la France rêve encore. Ici, en plus de constituer le contexte historique la fermeture des maisons closes est aussi le point de départ du film et celui-ci s’offre le luxe de présenter les différents acteurs de la prostitution organisée (galuches, maquereaux daronnes et michetons) comme des personnages humains, attachants avec, pour certains d’entre eux, des principes et tout cela sous le mandat de De Gaulle s’il vous plait, ce qui rend le film plus subversif que Reservoir Dogs.

BONUS (Parce que les Top 6 n’existent pas mais qu’on peut toujours tricher un peu).

Le Pacha (1968) réalisé par Georges Lautner, écrit par Michel Audiard et Georges Lautner

Le commissaire Joss (Jean Gabon) est douloureusement affecté par la mort de son collègue Gouvion (Robert Dalban), survenue au cours d’un hold-up. Pour venger son ami, il invente le coup du siècle : il met deux bandes sur la même affaire et les laisse s’entretuer. Une fois le Milieu parisien épuré, Joss partira à la retraite, le cœur apaisé. Au milieu de tout cela, la jeune Nathalie Villar (Dany Carel), sœur de Léon Bruniet , le receleur et maitresse de l’Inspecteur Albert Gouvion.

Septième collaboration entre Lautner et Audiard – quand on vous dit qu’Audiard a des habitués – en plus d’être un polar de bonne facture, le film peut se retenir pour son thème principal interprété par Serge Gainsbourg (Requiem pour un con) ainsi que pour le monologue d’introduction par Jean Gabin, samplé par MC Jean Gab’1 (il n y a pas de hasard) dans la chanson Mes 2 amours.

Et puisque nous sommes dans une thématique festive voire joviale, profitons-en pour conclure ce top avec une citation de La complainte des filles de joie de Georges Brassens :

 Fils de pécore et de minus (x2)

Ris pas de la pauvre Vénus (x2)

La pauvre vieille casserole

Parole, parole

La pauvre vieille casserole

Il s’en fallait de peu mon cher (x2)

Que cette putain ne fût ta mère (x2)

Cette putain dont tu rigoles

Parole, parole

Cette putain dont tu rigoles.

 

Article rédigé par Félicien Hachebé.

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