Interview Thomas Scimeca : Le clown mélancolique

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De musicien à comédien, il n’y a qu’un pas que Thomas Scimeca a su franchir sans hésitation. L’acteur qui a fait de sa désinvolture son véritable atout, se livre sur son ascension fulgurante dans le monde du cinéma…

 

 

Je ne pouvais pas m’empêcher de déconner et j’en ai fait mon métier.

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Sur scène comme au cinéma, on peut dire que vous êtes un jeune comédien polyvalent. Comment est né cet amour pour la comédie ?

Je voulais être pianiste de jazz. J’ai fait 5 ans d’étude et j’ai fini par stagner. Trop de labeur mais j’aurais adoré ça, j’y étais presque. Mais j’avais besoin d’un métier récréatif comme on a besoin d’air. Il fallait que quelque chose sorte de moi. J’ai eu le conservatoire à Paris et j’ai compris que mon atout c’était la désinvolture, que c’était ma façon d’être et une posture, et que ça avait du charme. Je le voyais que l’esprit de sérieux n’était pas fait pour moi-même dans une école aussi académique. Qu’il fallait que je créé toujours dans la vie du décalage, de l’absurde, du second degrés partout, tout le temps et dans pas mal de circonstance. Je ne pouvais pas m’empêcher de déconner et j’en ai fait mon métier. Plus tard,  une part de mélancolie en moi est apparue. Ça m’est tombé dessus vers 25 ans. En mêlant les deux faces de ma personnalité, je me suis dit que je pourrais devenir peut-être encore plus intéressant comme acteur, même dans la comédie. Vous connaissez cette histoire : « un homme va voir un docteur et lui dit ça va pas docteur, je vois les choses en noir, je sens que je sombre…. le docteur propose à son patient d’aller voir un clown, un super clown dément et que c’est le seul moyen qu’il voit pour lui de s’en sortir. L’homme lui dit que le clown, c’est LUI. »

Votre carrière derrière la caméra commence à s’envoler avec votre périple au Groenland, en compagnie de Thomas Blanchard. Sous la direction de Sébastien Betbeder, vous jouez dans deux courts métrages (Inupiluk et Le Film que nous tournerons au Groenland) ainsi qu’un long métrage, Le Voyage au Groenland. Ces films marquent le début d’une grande aventure cinématographique, n’est-ce pas ?

Oh OUI. Vous imaginez trois ans de travail avec le même réalisateur ? Un type sensible, brillant, cinéphile. Des discussions permanentes, ensemble, autour de son scénario. Deux courts bien français et un travail empirique pour imaginer une suite folle à l’aventure de deux loosers parisiens, comédiens à la dérive, qui se retrouvent propulser au fin fond du Groenland, dans un village paumé pour retrouver leur substantifique moelle mais  avec un coté « délivrance » version comique. C’était fou, beau, dur et ça a donné un film improbable.

En 2016, vous figurez sur la liste des Révélations des César pour votre performance dans Apnée de Jean-Christophe Meurisse. Comment avez-vous vécu cette ascension, discrète mais bien réelle ?

Discrète pour la France et le monde ? Oui certainement ! Mais pour moi bien réelle. Le film est fou, faut le voir. Il a d’énormes qualités et il est bourré de défauts. Ce personnage m’a « révélé » au yeux des aficionados des films « chelous» à la Jacques Rozier ou à la Dupieux. J’ai fait une belle rencontre au César et je vous en dirais plus dans votre dernière question que je connais déjà.
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La comédie si elle n’est pas dramatique, sarcastique, politique, elle m’ennuie.
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Vous êtes actuellement à l’affiche de Têtes Blondes de Maxime Matray et Alexia Walther, une irrésistible comédie à la fois poétique et loufoque. Vous y incarnez Fabien, un jeune homme endeuillé et marqué par un handicap : la perte de mémoire. Comment avez-vous réussi à mêler à votre personnage, douceur et burlesque ?

« Je ne sais pas, je me souviens de rien je métabolise plus la vitamine C ou D… » (Fabien).
Je dirai pas qu’il est doux, c’est une comédie mais pas que… Il doit faire un deuil, celui de son ex-compagne qu’il a tué dans un accident de moto. Il l’a perdu et a perdu la mémoire a la même occasion, mais aussi certains sens, en effet. Alors, comment le faire ce deuil sans avoir son passé ? Cette équation irrésolvable avec laquelle il vit, le plonge à la fois dans des états de déprime latente et en même temps, le fait de tout oublier (des choses plus ou moins lointaines de son existence) lui permet de vivre sans se poser de question, au gré du courant. Il dit d’ailleurs une phrase à laquelle je pensais souvent pour le rôle : « Je ne suis pas sûr que je veux apprendre des choses sur moi-même ». Il est spectateur de sa vie, c’est tout ce que j’avais en tête ; il n’a aucune psychologie ce personnage, c’est un chien errant, un clochard céleste, un idiot au sens dostoïevskien et il fuit tout ce qui est morbide, lourd encombrant, mais ça le rattrape. J’ai travaillé en pensant à  la fois à Depardieu, à la fois a Peter Sellers et à la fois à… Depardieu !

De la comédie déjantée dans Apnée à l’humour tendrement absurde dans Têtes Blondes, qu’est-ce qui vous séduit dans le registre humoristique ?

Je ne sais pas ce que c’est que le genre humoristique. Je sais juste qu’un scénario me touche quand il raconte avant tout un drame, même s’il passe par le rire. La comédie, si elle n’est pas dramatique, sarcastique, politique, elle m’ennuie. Vous trouvez Jim Carrey drôle ? Pas trop, moi. Quand je vois « Manhattan » de Wallen, c’est à hurler de rire mais à la fin je chiale tout le temps. J’adore les gags quand même j’avoue : « Les Visiteurs »,  j’aurais aimé faire Jacquouille.

Quels sont vos projets futurs ?

J’ai rencontré Donzelli à la Cérémonie des César. On a ri, on a flashé, elle avait vu quelques un de mes films et elle m a donné un rôle en or, direct. Elle est magique cette fille. Elle est pas conventionnelle. Je viens de finir. C’est son prochain long « Notre Dame » avec Pierre Deladonchamps qui y joue mon rival amoureux (on aime Valérie dans le film, j’ai même deux enfants avec elle. Je joue pour la première fois un père mais j’ai toujours pas de métier). J’ai joué aussi dans « La Belle Époque » de Nicolas Bedos. J’y suis entouré d’acteurs inconnus comme Canet, Auteuil, Ardant, Tellier et c’est eux qui portent le film étrangement. Je ferai le prochain Antonin Peretjatko (enfin s’il veut bien), mais ce qui est sûr et véritable, c’est que je suis dans le prochain film du réalisateur de « Apnée », Jean-Christophe Meurisse et qui devrait se tourner l’hiver prochain. Je vais aussi réaliser un film en 2020. Et puis, un petit retour au théâtre avec Marcial Di Fonzo Bo. Et puis, un enfant qui sait…