Interview Victoire Du Bois : Une jeune actrice sur tous les fronts

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Victoire Du Bois est une actrice à suivre. À tout juste trente ans, la jeune comédienne française dévoile une riche filmographie et un parcours sans aucune faille. Elle revient avec nous sur sa passion innée pour le cinéma. 

 

Je rêve de jouer des personnages aussi fascinants et profonds que les gens que je rencontre dans la vie, ou ceux que je ne pourrais jamais rencontrer.

 

Bonjour Victoire. En 2016, tu as pour la première fois monté les Marches du Festival de Cannes pour le film Mal de pierres de Nicole Garcia. Comment as-tu vécu ces premiers pas sur la Croisette ?

Ah c’était plein de choses à la fois ! J’étais très contente d’y aller avec Nicole, car c’est un peu elle qui m’a fait découvrir les plateaux, c’était la première fois que je restais si longtemps sur un tournage et elle m’a laissé la place d’y apprendre plein de choses, de rencontrer Marion Cotillard, mais aussi Christophe Beaucarne et Jean-Pierre Duret. 

Et Cannes ! J’avoue, c’est toujours un truc qu’on a envie de vivre, alors j’me suis sapée comme jamais ! J’ai appelé tous mes potes pour qu’ils m’aident à trouver la tenue et ensuite une fois là-bas t’hallucine de voir qu à côté de toi y a Loubna Abidar qui est une déesse et devant toi toute une salle remplie de cinéma. Ça j’avoue je m’en remets pas. Après ça m’angoisse aussi un peu, t’as l’impression de dire que des trucs à côté, c’est hystérique… mais c’est un truc !

Deux ans plus tard, tu te retrouvais à l’affiche de Call Me By Your Name, la magnifique œuvre oscarisée de Luca Guadagnino. Qu’est-ce qui t’as séduit dans ce scénario qui met en lumière l’éclosion du désir adolescent ?

En fait c’est drôle car je tournais Call Me en même temps que Cannes ! J’avais fait l’aller-retour ! Et j’étais trop heureuse. Ce qui m’a séduit c’est de tourner avec Luca, j’avais vu tous ses films et j’avais adoré Amore. J’avais trouvé ça brillant. Et en lisant le scénario, il y avait quelque chose qui me rappelai Tchekhov : ces situations souvent bourgeoises, où les détails ont beaucoup d’importance. En général je suis assez bouleversée par les détails, ils font tout : l’ambiance, c’est avec des détails qu’on a accès à un être : une chaîne autour du cou, qui tombe sur un torse nu. Il y avait beaucoup de détails dans le scénario. Et quand j ai su que c’était Sayombhu Mukdeeprom qui faisait l’image, j’étais tellement heureuse.

Des longs métrages mais également des courts. Pour beaucoup de comédien(nes), le format court est une incitation à la liberté. Rejoins-tu cet avis ?

Absolument ! C’est grâce à eux que j’ai eu mes premier rôles principaux. Et à chaque fois on essaie plein de choses, on invente plus. On a peut être moins peur… quoi que…

En tous cas à chaque a fois j’y ai rencontré des gens que j’avais envie de suivre totalement.

En 2017, tu partages l’écran au côté de Swann Arlaud dans Gros Chagrin de Céline Devaux. On retrouve à travers ce court métrage primé à Venise, l’incroyable style graphique de sa réalisatrice. Le cinéma d’animation est-il un genre qui te fascine ?

J’aime l’animation. J’avais déjà un peu travaillé avec Vladimir Mavounia-kouka, sur « La Bête ». Il fallait que je fasse des respirations et un orgasme, c’était marrant à faire, y avait un côté tellement décalé, tu te retrouves à simuler un orgasme dans une toute petite pièce avec deux mecs à côté de toi, et ensuite tu discutes : « ça pourrait être plus ci plus ça… ». Ça fait plutôt marrer. Mais finalement on ne l’a pas gardé ! Ahah !  Mais déjà j’avais trouvé ça fascinant.

Ensuite Céline, c’est une sacrée créatrice, elle sait exactement ce qu’elle veut et elle aime regarder ses acteurs, elle a un sens du comique, pareil tout est dans le détail ! 

Et là, je viens de bosser avec Jérémy Clapin sur son dernier long, « J’ai perdu mon corps ». J’y incarne la voix du rôle féminin. Et de voir comment se construisent ces films, ça apprend sur le côté artisanal de nos métiers : il y a tellement d’étapes avant de voir le film fini. Donc oui, l’animation j’aime bien ! Héhé ! 

 

J’aime bien qu’on me propose des choses auxquelles je ne m’attendais pas.

 

Pour toi, être comédienne c’est quoi ?

Pour moi être comédienne c’est se laisser traverser par.

J’ai retrouvé une lettre que ma sœur m’a écrite quand j’étais ado et elle me dit : « observe tout le monde, partout, n’oublie personne » et je trouve qu’il y a de ça. Être tout et rien à la fois, comme dans « Ghost Dog ». Quand j’ai un coup de blues, avec un pote pour se rebooster, on matte « Ghost Dog », tout est dit, c’est une leçon !  Ou les interviews de Binoche et Huppert! 

Quel(s) rôle(s) rêverais-tu d’incarner à l’écran ? Et pourquoi ?

Les rôles dont je rêve ?

Tous ! Ahaha. Heu… je voudrais jouer un mec pour voir. Ou une femme qui traîne dans les bars tard le soir. Ou une mère qui a du mal à aimer son enfant, ou une grande amoureuse à la Dalida, ou encore n’importe quoi qui me permette d’inventer, ou qui me permette de jouer. Je rêve de jouer des personnages aussi fascinants et profonds que les gens que je rencontre dans la vie, ou ceux que je ne pourrais jamais rencontrer. Mais en général, j’aime bien qu’on me propose des choses auxquelles je ne m’attendais pas, ça me plait toujours qu on me projette à un endroit qui m’étonne. Être étonnée c’est comme de la bonne bouffe, il y a des histoires d’amour qui commencent sur l’étonnement.

Quels sont tes projets ?

Là en ce moment, je tourne une série pour Netflix dans laquelle j’ai le rôle principal mais je peux pas en dire plus. Je joue aussi dans un court de Julien Mignot avec Damien Bonnard et Mathieu Amalric, et un court de Bérangère McNeese.

Si tu devais définir votre univers en un mot, lequel serait-il ?

Mon univers ?

Je sais pas trop, je crois qu’il y a besoin d’autres univers pour s’épanouir. Parfois je me dis ah c’est ça que j’aime et la vie me balance un truc qui fait que je le remet en question.

Je viens du théâtre et dans le théâtre il y a un corps dans un espace…. alors je dirais il y a des corps dans mon univers, de la chair, du charnelle, mais aussi des bouquins… Mais putain qu’est ce que j’aime le cinéma. J’aime les choses qui me permettent de questionner les limites (presque comme des animaux).

Et de l’amour. Ça c’est la grosse question, j’ai l’impression qu’il est toujours question d’amour dans les films, sans morale… on se demande toujours « qu’est-ce qu’on fout en fait ? » Bah je ne sais pas trop… 

Pour répondre à la question, je dirais que je tente de laisser mon univers en mouvement. Surtout de ne jamais l’immobiliser. 

Crédit Photo © Julien Mignot