« Polaroïd » : Douceur en maître-mot

« Une belle rencontre et les mots manquent. » Voici le pitch qui résume si bien ce sublime court-métrage d’animation signé Rémi Macia. Un concentré de douceur, de bienveillance et de beauté.

Un joli coup de crayon plante le décor : Léandre, amputé des jambes paraît bien seul dans sa maison. On sonne. Il fait rouler son fauteuil jusqu’à l’entrée et ouvre timidement sa porte au postier qui lui amène un colis. Un regard, et le temps d’un instant tout s’arrête. Puis la porte se referme violemment. Vlan. Coup au cœur.

Mais par d’autres matinées ensoleillées Lino, le postier, persévère et plonge à nouveau ses yeux dans ceux de l’autre garçon. Instant intense à nouveau. Vlan à nouveau. Au troisième essai, Léandre se saisit de son polaroid et, par un flash surprise, ancre ce moment et ce visage. Une habitude se créée, les instantanés du postier s’accumulent et nos deux personnages s’apprivoisent doucement. Toujours sans un mot.

C’est plus tard, par un matin pluvieux, que le rituel s’arrête : Lino est remplacé. Coup au cœur, pour Léandre et pour nous cette fois-ci.

Tout droit sorti de l’École Pivaut de Nantes, le réalisateur Rémi Macia a su nous livrer un film qui touche par sa simplicité. Ses héros sont sincères et réalistes. Ils sont aussi attachants et incarnent chacun une différence qu’il est aujourd’hui important de représenter dans les fictions. Placés au centre, à la place des traditionnels personnages de films d’animation imposant leurs standards, ceux-ci ouvrent leurs bras à la diversité. Un choix qui fait du bien.

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Mais cela n’est pas la seule richesse du film puisqu’il est doté d’un style d’animation très délicat avec des mouvements doux. Ceci dit, le bruit de la porte violemment claquée contre-balance parfois ce calme…

Pour créer un aspect poétique, de belles couleurs et de belles lumières sont aussi au rendez-vous. Enfin, la musique originale de Pierre Fontaine s’accorde avec les bruitages et le dessin. Elle vient parfaire le tout. Le spectateur peut donc compter sur un travail minutieux qui ne laisse rien au hasard.

Concernant la fin de ce court métrage, il est si tentant de la dévoiler puisqu’elle conclut le film de manière véritablement parfaite. Mais chut, pas un mot.

Polaroid est peut être un film de fin d’études mais il est surtout le marqueur d’un début prometteur. En attendant, il est à découvrir sans plus tarder, en compétition pour le concours À Ton Court 2019. Pour le voir, rendez-vous juste ICI !

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Arthur Morard.